Journal 1913-1916 : "Est-ce en grandissant que l'amour se perd?"

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La Grande Guerre est la période où tout se joue pour la jeune Mireille Havet (1898-1932) : pendant ces années inquiètes, elle comprend qu’elle recherche l’amour, et surtout celui des femmes, qu’elle préfère sa vie aventureuse parisienne au calme des campagnes, les dangers de la li­berté au parcours contraint d’une fille de son temps, les esprits d’avant-garde aux vieux barbons qui règnent sur les arts…
Auparavant, elle aura goûté aux vacances à la Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil, à la pression sensuelle du « Prince des poètes » Paul Fort, aux conférences du Vieux-Colombier et aux spectacles des Ballets Russes, à l’amitié exigente de son aînée Ludmila Savitzky – qui l’initiera à la sexualité –, aux livres de Verlaine, Gide, Whitman et à la fierté d’être publiée par Guillaume Apollinaire dans Les Soirées de Paris. Mais en septembre 1913, son père meurt dans un asile d’aliénés. C’est la fin de l’enfance…
Les amitiés amoureuses avec Jeanne, Julie et Pierre de Lanux, dont la vie d’adolescents tourne autour des cours de la Gymnastique Rythmique de Jaques-Dalcroze, ou avec Lucienne, Suzanne, Marie-Thérèse, Germaine, Dourga, Paulet et Henry occupent alors le premier plan, malgré le lointain bruit de la guerre. Dans ce Journal, inauguré alors qu’elle se prépare à une grave opération chirurgicale, Mireille Havet ne se cache pas que « s’il fal­lait rendre compte à un seul être de toutes mes pensées et actions, leur divergence me ferait passer pour une folle. Si Jeanne savait quels rapports j’ai avec Germaine, elle serait très surprise ! Si elle savait ceux que j’ai avec Pierre, si Pierre savait ceux que j’ai avec Germaine, et si Germaine savait pour Pierre, ce serait fou ! Comment s’en sortir ? Et je voudrais tant ne pas avoir de ces élans de tendresse, et je voudrais tant que l’amitié n’ait pas les attributs de l’amour. Comment faire ? Il faudrait, pour lutter, une fermeté de décision que je n’ai pas et un autre cœur à la place de cette batterie impulsive, et des autres sens à la place des miens complètement déréglés. »
 
Journal 1913-1916 : "Est-ce en grandissant que l'amour se perd?"

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Mirelle Havet

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