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Le Nord de l'Europe fut une terre fertile pour la musique lyrique : celle-ci lui a emprunté nombre de figures historiques mémorables, mais lui est également redevable de nombreux chefs-d'oeuvre de compositeurs baroques. On pense à Haendel et Bach, bien sûr, mais ce serait oublier les Heinichen, Schürmann, Keiser ou encore Telemann, dont on joue si peu la musique lyrique, pourtant géniale. Beaucoup ont mis en scène des monarques, terribles ou majestueux, dans leurs oeuvres lyriques - des rôles que, contrairement à leurs collègues du Sud, les compositeurs du Septentrion n'hésitent pas à confier aux voix graves. Le baryton Tomas Kral, que l'on voit évoluer avec brio depuis plusieurs années sur les scènes internationales, endosse ces différents rôles avec la même aisance, peignant tantôt le tourment d'un Néron en proie au remords ("Ach! Nero ist nicht Nero mehr!... Erstaune, sichrer Kreis der Welt" Keiser, Octavia), le désespoir de Sigebert ("Ich muss schweigend von dir gehen" Keiser, Fredegunda) ou la ridicule fatuité du tyran imaginaire de Telemann, Damon ("Ihr krachenden Klüfte..."). Mêlant ainsi airs phares du répertoire (Rodelinda, Almira, Riccardo Primo...) et trésors méconnus, le jeune baryton et les musiciens du Wroclaw Baroque Orchestra offrent un récital de haute volée, entre virtuosité et émotions.