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"Pendant longtemps, je tombais sur ces disques sans vraiment parvenir à comprendre ce qui les reliait, à part un macaron et ce fameux logo dessiné par René Dessirier. Puis, en fouillant un peu plus, j'ai découvert ce lien de 'l'auto-production'.
Pour des chorales, des établissements scolaires, des chanteurs de folk, de jeunes groupes de pop, des foyers populaires et même de grands compositeurs qui gravaient des copies uniques de certaines sessions d'enregistrement... Pendant français du 'Derby Service' anglais, le Kiosque d'Orphée, anciennement au 7 Rue Grégoire de Tours dans le 6ème arrondissement, est repris par Georges Batard à partir de 1967 et déménage au 20 Rue des Tournelles dans le 4ème arrondissement de Paris. L'aventure durera jusqu'en 1991.
C'était le début du home studio, grâce à l'apparition du magnétophone à bande portable Revox.
Du bricolage un peu bancal, mais, en contrepartie, le luxe de ne se fixer aucune limite : des morceaux d'une face entière, aucune censure extérieure, pas de directeur artistique, pas de manager, pas de logos Barclay ou EMI/Pathé Marconi ...
Quand on avait enfin son propre disque, on pouvait alors le donner ou le vendait aux amis, à la famille ou après des concerts. On pouvait aussi le déposer chez le disquaire de la ville la plus proche, avec une fierté non dissimulée.
C'était aussi une carte de visite que l'on pourrait envoyer à des radios ou à des labels de musiques en caressant l'espoir de lancer sa carrière...
Bien des protagonistes de cette histoire ont essayé de signer dans des labels mais à l'époque les ponts n'étaient pas si aisés à trouver entre sa ville de province, voir son village, et la major ou le label plus pointu qui aurait pu sortir ces disques. A l'époque, les publicités publiées dans la presse par le Kiosque d'Orphée ont ouvert le champ des possibles aux compositeurs provinciaux. C'était désormais possible de faire son disque, sans avoir à passer l'examen d'une signature dans un label.
Certains des compositeurs qui ont fait carrière se sont servis de ce biais pour sortir leur premier disque ou des projets parallèles (Claude Engel, Dominique A, Andy Emler, Michel Deneuve, Claude Mairet, Mick Piellard, Tristan Murail...) et parfois même des copies de travail ou promotionnelles en pressage unique ou très limités (Bernard Parmegiani, Jef Gilson...).
Cet album est la conclusion d'une longue enquête, commencée il y a six ans. Un travail de longue haleine pour retrouver les disques, éparpillés un peu partout, chez des collectionneurs et parfois chez les musiciens eux-même, puis les écouter, parfois péniblement, pour dénicher ces moments de grâce.
De ce travail, il reste 23 morceaux, mais il y en a des dizaines d'autres qui auraient pu s'y retrouver, il a fallu choisir et le choix se devait d'être le plus universel possible. Cette sélection n'est évidemment pas objective, mais j'espère qu'elle vous plaira. Aujourd'hui reste la musique brute, touchante et puissante."