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Notre précédent dossier sur l'Union européenne, il y a deux ans, s'intitulait "Changer pour survivre". A l'époque, les questions européennes étaient au coeur de la campagne présidentielle, où s'affrontaient, au second tour, un candidat résolument pro-européen, Emmanuel Macron, et une Marine Le Pen qui prônait la sortie de l'euro, enhardie par le récent vote britannique en faveur du Brexit. Deux ans plus tard, à la veille des élections du Parlement européen, il semble que l'Europe intéresse moins que jamais les Français. Les politiques de l'UE et son fonctionnement ont été singulièrement absents du grand débat organisé pour répondre à la crise des gilets jaunes. Le Rassemblement national ne parle plus de sortie de l'euro. Les négociations sur le Brexit sont enlisées et leur difficulté a fait taire les velléités sécessionnistes. Quant aux tentatives de relance du projet européen du président de la République, elles se sont heurtées à une fin de non-recevoir de nos partenaires. La tactique d'Emmanuel Macron visant à opposer les progressistes, dont il se veut le porte-étendard, aux "populistes" de toute obédience, tout en misant sur la relance du "couple franco-allemand", le laisse finalement isolé en Europe. Sa politique d'attractivité fiscale et de flexibilisation du marché du travail, supposée amadouer l'Allemagne, n'aura finalement fait qu'enflammer les ronds-points.
Bref, l'Union semble bloquée dans le statu quo. Pourtant, depuis la création d'un Parlement européen en 1979, ces élections n'auront jamais été aussi décisives. Ce qui est en jeu n'est rien de moins que la recomposition du paysage politique européen, jusque-là dominé par la droite classique (PPE) et les sociaux-démocrates (PSE). Le renforcement des centristes libéraux, rejoints par les futurs élus de La République en marche, pourrait les placer dans un rôle d'arbitre. Mais la montée des partis "populistes" partout en Europe laisse aussi entrevoir la possibilité que le Parlement soit pris en otage par les eurosceptiques. Même s'ils peineront à parler d'une seule voix (la russophilie d'un Matteo Salvini, ou sa volonté de mieux répartir l'accueil des réfugiés entre les pays de l'UE, passe évidemment mal en Pologne ou en Hongrie), une minorité de blocage leur donnerait néanmoins une capacité d'obstruction dans de nombreux domaines. De quoi entraver toute perspective de progrès dans la voie d'une Europe plus démocratique, plus solidaire et plus durable.