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Tout comme un Baldassare Castiglione avait dressé le portrait du parfait courtisan (Il Cortegiano, 1528), il s'agit ici pour le grand humaniste espagnol Baltasar de Céspedes (vers 1550-1615), professeur à l'université de Salamanque et protégé du roi Philippe III, d'« instituer » le parfait humaniste - un bréviaire qui est aussi une forme de bilan à l'heure où la conception universalite des savoirs illustrée par Poltiien ou Érasme jette ses derniers feux.
En cette aube du XVIIe siècle, quand Bacon, Galilée ou Descartes fondent la science moderne au moyen du remplacement de la rhétorique par la mathématique et l'observation de la nature, Céspedes pose un regard déjà un peu mélancolique sur les « humanités », qu'il essentialise en les répartissant, conformément à la tradition classique, en étude des mots et étude des choses. On songe immanquablement à Michel Foucault : nous sommes bien, en 1600, à un moment de mutation scientifique.
De mutation littéraire, aussi, car l'Espagne apporte alors à l'Europe la plus riche de ses moissons : la comedia nueva, avec Lope de Vega, la poésie baroque, avec Góngora, le roman picaresque, avec Alemán et Quevedo, et le roman moderne, avec Cervantès. À la mort de Céspedes paraît la seconde partie de Don Quichotte... L'humanisme de la Renaissance a fait place à l'âge moderne.