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« Il n'y a pas eu de silence. C'est ça que je n'ai pas entendu. »
Un samedi de février, dans une cour de ferme de l'Ardenne, un chien est retrouvé cloué à une porte de grange, ouvert d'un seul trait du sternum au ventre. L'inspecteur Denis Servais fait quatre photos avec son téléphone et classe le dossier : un chien est un bien meuble.
Sept jours plus tard, dans la même cour, on trouve le fermier à genoux dans sa stabulation, les poignets liés à la barre de contention, la tête au-dessus de la rigole à lisier. Quelqu'un a choisi le seul endroit du village où l'on peut vider un homme sans que ça se voie. Il y a une cartouche de chevrotine dans sa bouche, et deux chiffres gravés au couteau sur la porte du box : 87.
Puis 86, sous huit cents kilos de chêne. Puis 85, sur la table d'inox d'un vétérinaire à la retraite. Servais finit par lire ces nombres dans l'autre sens : une signature monte, elle ne descend jamais. Ce qui descend, c'est ce qui reste.
Il a six semaines. Le 6 avril, une pelleteuse doit ouvrir une tranchée d'un mètre quatre-vingts sur un chemin d'exploitation du bois communal. Et Servais est le seul à chercher du côté d'un dimanche de novembre 2004 : une battue au sanglier, six hommes qui buvaient depuis midi, et un garçon de quinze ans que personne n'est jamais venu chercher.
La juge d'instruction a raison sur toute la procédure. Servais a raison sur le reste. Il ne lui dit rien, il laisse un innocent mourir en cellule, et il ment trois fois par écrit.
Ce livre ne dit jamais lequel des deux a eu tort.