La guerre était une affaire marginale lorsque je décidais d’en faire une vie en 2006, pendant mes études. On parlait alors de croissance, d’hivers neigeux, d’Amérique éternelle. Bien sûr, à dix-neuf ans, on n’a aucun recul pour anticiper l’essor de ses premiers instincts. La dégradation du monde, année après année, a simplement rattrapé le petit animal sans antennes que j’étais.
Deux décennies plus tard, après avoir participé à quelques opérations militaires sur terre et en mer, je me sens la responsabilité d’un bilan et de solutions pour sortir de la situation sécuritaire où se trouvent nos démocraties. Par « solutions », le lecteur verra qu’il ne s’agit plus de rêver aux progrès d’antan mais de tenir dans la tempête aussi longtemps qu’on peut avant le retour des beaux jours. Et comme ces beaux jours ne reviendront pas sans engagement, un changement de mentalité s’impose : il nous faut passer de la sidération à une forme de révolte organisée. Tout l’enjeu est de savoir comment réussir cette révolte dans le rassemblement.
Avouons quelques biais pour commencer : je viens de l’histoire, et en particulier de l’histoire de longue durée. Je suis sorti de l’adolescence avec, dans les mains, des livres de Fernand Braudel, Marc Bloch, Le Roy Ladurie. Ces chercheurs m’ont appris à ne pas croire aux bornages brutaux, aux « ruptures » décrétées tous les trois ans, si ce n’est tous les trois jours. Les tendances lourdes m’intéressent plus que la charcute du temps : démographie, évolutions climatiques, topographie, mouvements budgétaires pluri-décennaux, réflexes sociétaux profonds.