La semaine de Séraphine
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  • Editeur : Robert Laffont (réédition numérique FeniXX)
  • Pagination : 292
  • EAN : 9782221208168
  • Protection numérique : Readium LCP DRM
  • Langue du livre : Français

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Le roman de cette « Semaine de Séraphine » est là, avec les allers et retours, les rebondissements, les rejets, les interjections de son action intérieure, impitoyable, ardente (pas galopante, Dieu merci ! pourquoi veut-on toujours que les actions soient galopantes ?). Il est même exposé dans son drame et sa trame, brutalement, en quelques lignes simples : « Mon père était marié mais sa femme ne pouvait pas avoir d’enfant. Tous deux le regrettaient. Si Blanche, ma mère, lui avait donné un garçon, il l’aurait reconnu avec l’accord de sa femme et en aurait fait son héritier : pour ma mère j’incarnais cette fortune qu’elle avait perdue par la faute de mon sexe. Un fils, un fils porteur de richesse, avec quelle passion elle l’aurait aimé. Elle aurait adoré son sceptre, elle ne me pardonnait pas mon trou. » Tel est le feu qui dévore Séraphine : « C’est dans la tête, ce sac à fantômes, qu’il bat comme le tambour des exécutions capitales, l’autre sexe que le corps n’a pas et que chacun a rêvé, au moins une fois, d’avoir. » Mais, très vite, on voit que le roman, comme Séraphine, va s’enlever d’un bond pour s’enfermer à son tour dans sa folie propre et devenir son propre sac à fantômes. Seulement, cette fois, l’ardeur nous gagne aussi et nous brûlons, car c’est alors que le roman touche à l’universel : nous y sommes tous, dans le sac — « désir de l’autre et d’être l’autre, désir d’être autre… » Les fantômes sont tous et toujours hermaphrodites et nous tiennent accrochés par le cordon à la Grande Mère bisexuée et cannibale des origines… L’affreux de ce livre est que j’ai envie de le citer tout entier. Moi qui finis par suivre le conseil que me donna Joyce un jour : ne plus lire mes contemporains (à part Michel Tournier, à qui, si j’en avais le droit, je dédierais ce livre), j’ai tout à coup compris pourquoi La semaine de Séraphine me touchait au cœur : de même que certains lieux jouissent d’une exterritorialité, ce roman vénitien de Sager jouit de l’extemporalité des grandes et belles œuvres.
 
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