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Athéna Sylve tourne et tourne autour du square fermé, coudes pliés, grandes enjambées – flèche lancée.
Des cercles et des cercles, à deux mètres de la barrière.
Elle doit se tenir à distance. Il n'y a, paraît-il, pas d'autres options pour préserver la nature – cette nature qui semble pourtant de plus en plus flamboyante.
Sur ordre des autorités, les autres ont accepté la claustration. Obéissance contrainte, disparition volontaire, les rues sont vides, la ville, fantôme – il y a comme un consentement dans l’air, un renoncement silencieux.
Athéna Sylve brave l’interdit – hors de question de rester chez elle.
Elle a besoin de reprendre corps. Se mouvoir, respirer.
Sans compter l’impatience du désir, cette insatiable éruption, qui la traverse.
Désobéir, donc.
C’est là qu’est la vie.
Bien sûr, Athéna Sylve doit résoudre des difficultés matérielles – comment font les cloîtrés pour se nourrir ? Mais ce qui la tient, ce qui la tient vraiment, c’est la transformation qui s’opère à l’intérieur, au-dedans, lorsqu’elle observe les vies non humaines – toutes ces plantes, tous ces animaux jusque-là invisibles à ses yeux. Alors, ce qui avait été égaré, abîmé, s’invente autrement. Comme s’il fallait se perdre dans le frémissement du vivant pour se trouver – à moins que ce soit l’inverse.