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Paul Féval (1816-1887)
"J’ai déjà raconté bien des histoires qui venaient du salon de la Marquise. Elles ont obtenu un certain succès, cela m’encourage. Quelques semaines après la fameuse soirée, où sir Walter Scott raconta la Grande noire, ce fut un ministre qui prit la parole.
En ce temps-là, les ministres n’étaient pas « tout le monde ». L’histoire parlera de celui-ci un petit peu, dans un petit coin.
Il avait l’honneur d’être Breton et avocat comme Saint-Yves.
C’était une figure carrée, souriante, quelque peu narquoise, sur un cou gras et trop court. Les intonations de sa voix rappelaient un peu le chant de certains oiseaux aquatiques, qualité de sons fort répandue dans le département d’Ille-et-Vilaine et qui étonna Rome par l’organe de Scipion Nasica. Le mot distinction, dont on fait un abus si cruel dans les salons situés derrière les boutiques, ne pouvait point lui être appliqué. Vous l’eussiez pris pour un riverain des Danubes de Normandie, ou pour un procureur angevin osant son premier voyage de Paris.
Dans sa personne, dans son costume, dans ses manières surtout, il y avait un sans façon qui n’était pas tout à fait de l’aisance. La bonhomie du conquérant est facile à reconnaître. Cependant, le mot cynisme serait infiniment trop gros pour caractériser les nuances de ce rôle du parvenu sachant vivre, qui ne pèche pas du tout par ignorance et calcule avec sang-froid la limite précise qui doit borner l’essor de ses audaces."