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Nous vivons sans le savoir les contrecoups d'un grand traumatisme : celui de la Banqueroute de 1720, qui vit à la fois l'instauration du crédit public en France et sa destruction, l'invention du papier-monnaie et sa ruine. Cette histoire, qui s'est répétée avec l'épisode des assignats sous la Révolution française, a été maintes fois réécrite par les historiens - Michelet, Quinet -, les philosophes - Montesquieu, Hume, Burke, Destutt de Tracy, Nietzsche - et les écrivains - Marivaux, Alexandre Dumas, Goethe, Melville, Musil.
Cet événement majeur excède donc les cadres de la stricte économie politique. Tout se passe comme si c'était le régime même du sens qui se trouvait là ébranlé, ou plutôt comme si le crédit devenait, à partir de cette crise historique, le moteur paradoxal des sociétés modernes. Ouvrant une nouvelle ère, il dérègle la mesure du temps : la confiance aveugle placée dans l'avenir, obligeant le futur à faire effraction dans le présent, fonde et fragilise à la fois le nouvel ordre.
Evoquer le crédit, ce temps qu'il instaure et qui est encore nôtre, c'est aussi aborder la question des «valeurs» en général et de leur fragilité. Parmi celles-ci, puisque la crise touche au principe du fiduciaire, ce sont les divers usages du «papier» qui sont remis en question. Les écrivains se sont donc emparés de cette notion, où se joue désormais l'essence de leur art. Les écouter et les prendre au sérieux peut nous aider à mieux saisir les ressorts de cette «confiance» dont on espère, encore et toujours, le retour.