Légendaire
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Enfant, je portais les vêtements des autres, devenus trop étroits pour eux, ou démodés. Les endosser remédiait à mon indigence : j’avais de l’étoffe. Dès l’âge de raison je n’étais pas sans rime. J’entrai en poésie comme on entre en religion. À la fin de mes études secondaires, je possédais un bagage suffisant pour versifier dans la langue de Shakespeare, ou plutôt dans celle d’un autre William, le bien nommé Wordsworth. Je chantai la nature et déversai mon âme en anglais. Avec plus d’inconscience que de présomption, j’endossai ensuite le vêtement de l’artiste parnassien, aiguillonné par la maladie de Parkinson qui, par sa nature évolutive et irréversible, fait comprendre que « l’atermoiement est le voleur du temps », qu’il ne faut pas remettre à demain le sonnet qu’au-jourd’hui vous inspire telle étonnante lecture. « Parkinson, le glas ? ». Non, Parkinson, la maladie du bonheur par qui sonneraient mes sonnets jusqu’à ce que se manifestent des hallucinations visuelles et auditives que j’avais pressenties : « Je suis sous pression, je sens venir la bière », avais-je fait savoir à mon neurologue. Faire mousser mes vers m’est tentant, car mes émotions sont exacerbées par la maladie. Il me faut dire quand même que le présent recueil dépasse de loin mon projet initial : c’est une épopée humaine que ma plume a produite à son tour, au gré de mes lectures. J’étais parti à la cueillette de fruits, avant de m’apercevoir que finalement j’avais greffé un arbre. Mais je n’en livre ici qu’un bouquet choisi. Écolier, quand je rentrais à la maison, ma mère pouvait dire quel camarade je venais de quitter : j’en avais pris sans le vouloir les expressions, tant celles du langage que celles du visage. Sonnettiste, je fais entendre dans ces pages des légendes différentes qui dessinent un grand arc depuis l’horizon lointain de l’antiquité orientale et méditerranéenne jusqu’aux rives plus proches des poètes anglais ou français. Tous ces sonnets recomposent l’ample chant de l’histoire humaine et tissent la toile de ses œuvres. J’adresse mes très chaleureux remerciements à ceux qui ont permis à ce livre de voir le jour. Mon ami Blake Roney, humaniste, homme au grand cœur, pour qui le travail artis- tique mérite récompense. Mon ami Alain Riffaud, soutien indéfectible de mon travail poétique, qui a favorisé la mise en lumière de ce recueil. Émilia Aru, ma chère éditrice de Portaparole, toujours exigeante et passionnée. Mes pensées vont aussi vers Jeanne Laganne, artiste peintre d’heureuse mémoire, qui s’est penchée sur mes premiers sonnets en leur faisant bon accueil. Je ne saurais enfin oublier Marie-Jeanne, mon épouse, envers laquelle j’éprouve une profonde gratitude ; témoin discret et complice à la fois, elle a su m’offrir tout l’espace nécessaire à la réalisation de mon œuvre. Jean-Emmanuel François
 
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