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La carrière de Rameau touchait à sa fin, quand en 1763 commencèrent les répétitions de sa dernière oeuvre, Les Boréades, destinée aux Fêtes Royales de Choisy en juin, célébrant la fin de la Guerre de Sept Ans. Le 27 avril les répétitions eurent lieu à Versailles, puis... plus rien. Les Boréades ne furent pas de la fête royale, et le décès du compositeur en 1764 plongea dans l'oubli son ultime tragédie lyrique, qui ne devait pas voir le jour avant ... deux siècles !
Pourtant, quel splendide opéra, le plus accompli de Rameau, en pleine possession de ses moyens créatifs à quatre-vingts ans. L'écriture pour l'orchestre et le choeur est d'une folle virtuosité, l'invention mélodique est exceptionnelle, le drame est puissant : il s'agit d'un véritable testament musical, succession d'éléments déchaînés, de duos passionnés et de plaintes déchirantes.
S'attaquant à ce monument de la musique française, Václav Luks réunit des solistes magnifiques et ses forces chorales et orchestrales dont l'Opéra Royal résonne régulièrement : leur vaillance est admirable et Versailles doit bien cela à Rameau, depuis les répétitions inachevées de 1763, pour le second enregistrement de son chef-d'oeuvre !
L'enregistrement paraît accentuer la recherche menée par Václav Luks d'un son sculpté, soigné, ne laissant aucune place au hasard. Dès les premières mesures, la phalange annonce des unissons frémissants d'une même verve, déployant une riche palette de couleurs (les bois, particulièrement brillants) et une variété dont bénéficient les pages contrastées. Privés de mise en scène, les interprètes font néanmoins percevoir avec un sens dramaturgique et théâtral assumé les différents rouages de l'intrigue (le travail impressionniste du percussionniste, particulièrement salué). Le choeur n'est pas en reste. Les passions extrêmes s'incarnent dans un effectif qui privilégie les forte pour des passages exaltés («Ciel! Quels accords harmonieux!») ou plaintifs («Terrible dieu des vents, calme leur violence»), portés avec une minutie redoutable dans l'attaque et une homogénéité de ton qui en font un peuple uni.
Le label versaillais tire ici une version vivifiante de ce chef-d'oeuvre ramiste.
« LA RENAISSANCE DU DERNIER OPÉRA BAROQUE. La destinée des Boréades n'est pas banale. Commandé par l'Opéra de Paris à Jean-Philippe Rameau en 1763, l'opéra ne dépassera pas le stade des répétitions en raison de la mort du compositeur un an plus tard. Arrivée tardivement dans l'escarcelle d'un éditeur regardant sur des droits loin de tomber dans le domaine public, l'oeuvre ne sera portée pour la première fois et dans son intégralité à la scène qu'en 1982, par John Eliot Gardiner. Depuis, l'étau s'est desserré : Simon Rattle, Marc Minkowski, William Christie et Emmanuelle Haïm, l'an passé à l'Opéra de Dijon. Aujourd'hui, c'est le Collegium 1704, de Vâclav Luks, avec un plateau vocal rompu aux beautés du style français (Deborah Cachet, Benoît Arnould et Mathias Vidal), qui offre à l'écrin de l'Opéra Royal de Versailles (le 24 janvier) cet ultime trésor du répertoire baroque où Rameau, à 80 ans, se montre en pleine possession de ses moyens, sur un livret aux couleurs de toutes les passions. Un événement rare et précieux. » --- Bruno Guermonprez, LE FIGARO ---.
Les Boréades, l'ultime opéra de Jean-Philippe Rameau, ont très longtemps été datés de 1764, d'après une note attribuée à Decroix portant sur la feuille de garde d'une partition d'orchestre manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale : "Cette tragédie est le dernier ouvrage de musique de Rameau. L'Académie royale de musique en allait faire la répétition, lorsque l'auteur mourut en septembre 1764. La représentation n'eut pas lieu. Le poème et la musique n'ont pas été gravés, ni imprimés. L'auteur du poème est inconnu." Mais cette note induit en erreur sur plusieurs points, puisqu'a été retrouvée une facture dans le Livre des Comptes de la Maison du Roy à l'ordre d'un certain Monsieur Durand, faisant état de deux répétitions de musiciens sur la partition des Boréades, l'une à Versailles et l'autre à Paris, les 25 et 27 avril 1763. Quand au livret, même s'il n'est pas signé, de nombreux spécialistes depuis la fin du 18ème siècle l'attribuent avec quasi-certitude à Louis de Cahusac, librettiste de nombreuses oeuvres de Rameau mais décédé en 1759. Sa dernière collaboration officielle avec le compositeur date de 1755 (Zoroastre), et il aurait tout à fait en quatre ans pu écrire le livret des Boréades où sa plume est très reconnaissable. D'autres archives précisent que la création aurait dû avoir lieu à Choisy au printemps 1763 pour célébrer la fin de la Guerre de Sept Ans qui a opposé les grands empires coloniaux et leurs alliés, notamment la France et l'Angleterre, et qui a durablement marqué les esprits et les populations. L'esprit subversif du livret attribué à Louis de Cahusac, l'incendie du Palais-Royal, l'hostilité de Mme de Pompadour, sont autant d'éléments qui auraient pu expl