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Simon Roy a amorcé l’écriture de ce livre précisément le 22 février 2022, soit un an pile après avoir reçu un diagnostic de cancer au cerveau incurable qui attaque agressivement la partie de sa tête dédiée au langage. Il fait néanmoins encore une fois le pari de l’écriture, pour se prouver qu’il est toujours vivant, et peut-être aussi un peu pour mettre la mort à l’écart. Passant de l’univers macabre de Stanley Kubrick (The Shining) à celui alarmiste d’Orson Welles (dans son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes), il continue, dans ce quatrième roman, de lier ses obsessions personnelles à celles d’œuvres marquantes qui enfoncent la réalité au risque d’effrayer l’être humain. S’il dévoilait une fêlure familiale funeste dans Ma vie rouge Kubrick, il lie ici une vieille frousse collective et chimérique (une invasion de Martiens) à une peur hélas réelle, celle que provoque la perspective du passage vers un autre monde. Si, dans Fait par un autre, il explorait les châteaux en Espagne échafaudés par un faussaire patenté, il réfléchit dans Ma fin du monde au mensonge, blanc ou noir, qui peut parfois se cacher derrière ces deux petits mots à l’allure innocente : « Au revoir. » Enfin, il nous rappelle le devoir de léguer à ceux qui nous suivront le secret du bonheur, ou du moins le peu que notre séjour sur terre, toujours trop bref, nous aura permis d’en deviner. Fidèle à son style fait de fragments, entre fiction et réalité, entre alarme et vacarme, sa plume file entre les mailles de la peur, qu’elle soit forte, feinte, fine, fameuse, fantastique ou fatidique, mais qui lui sera, à lui qui signe ici son dernier livre, fatale.