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Mélanie Bonis fut l'une des compositrices les plus intéressantes et prolifiques de France durant les vingt années précédant la Première Guerre mondiale. Mariée en 1883 à l'industriel Édouard Domange, ses devoirs de femme au foyer et de mère l'éloignèrent de la vie musicale parisienne sans pour autant la réduire au silence : après ses études au Conservatoire de Paris, elle publia des mélodies et des pièces pour piano chez différents éditeurs. Soucieuse de concilier musique et famille, elle accéda tardivement à la notoriété, devenant la première femme membre du conseil d'administration de la Société des compositeurs de musique. La Grande Guerre mit cependant un terme à toute publication ultérieure, et Bonis se consacra alors à la musique sacrée (pour orgue ou voix) et aux ouvrages pédagogiques. Elle laissa néanmoins à la postérité une oeuvre inédite considérable, témoignant d'une maîtrise des techniques de composition et d'orchestration injustement méconnue de son vivant. Christiane Geliot, sa petite-nièce, a consacré sa vie à la redécouverte de l'oeuvre de Mel Bonis, recherchant des manuscrits égarés dans sa maison et invitant des instrumentistes de renom à jouer et enregistrer sa musique. Le talent de Bonis s'exprimait dans de nombreux genres, et le piano était sans conteste son instrument de prédilection. Cependant, dans ses partitions de musique de chambre, la flûte est souvent à l'honneur, et dans le répertoire pour flûte, sa production fait le lien entre le romantisme et l'impressionnisme. Dans sa Sonate pour flûte en do dièse mineur, op. 64, Bonis crée, à travers quatre mouvements d'envergure, une atmosphère post-romantique empreinte de poésie et de lumière. La partition pour piano, fortement influencée par l'utilisation du clavier par Franck, exige une virtuosité exceptionnelle. L'écriture pour flûte est également très dense, et les deux instruments s'entrelacent et échangent des motifs comme s'ils ne faisaient qu'un. Les Trois Mélodies, écrites à l'origine pour soprano et piano, sont ici arrangées pour flûte et piano, créant un dialogue passionné, quoique sans paroles, entre les deux instruments et mettant la flûte au défi d'explorer une vaste palette sonore. Le Scherzo (Final) op. 187 provient d'un manuscrit perdu, probablement une suite pour flûte et piano. La flûte y déploie une mélodie passionnée sur des triolets rapides et pressants au piano. La Pièce op. 189, redécouverte récemment, présente une mélodie d'une grande beauté, accompagnée d'accords de piano lents, offrant à la flûtiste une palette sonore riche et variée. L'Air vaudois op. 108, reflet du caractère pastoral et bucolique du canton suisse, évoque la joie et la quiétude à une époque où les soucis et les épreuves accablaient la famille Bonis en raison de la guerre. Une Flûte soupire op. 121 allie lyrisme et contrastes de couleurs dans un style plus impressionniste que les oeuvres précédentes. L'album s'achève sur l'Andante et Allegro op. 133, son oeuvre la plus avant-gardiste par ses choix harmoniques et son développement original. Les phrases irrégulières et les longues lignes mélodiques de l'Andante contrastent avec l'octave grave et rapide de l'Allegro, dont l'intensité croît jusqu'à un final orageux.