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Le premier enregistrement du pianiste-compositeur génois Bruno Mereu invite à une brève digression sur la forme musicale, et en particulier sur celles consacrées au pianoforte - et par lui. Si l'on met de côté l'abondante littérature pédagogique - qui recèle assurément de véritables chefs-d'oeuvre - on peut esquisser une large distinction entre petites et grandes formes, allant de la feuille d'album occasionnelle à des oeuvres substantielles d'une conception imposante. Ce disque se situe, pour ainsi dire, à mi-chemin entre ces deux pôles : il juxtapose des pages d'une concision quasi aphoristique aux deux cents mesures de la Ballata - douze minutes d'un véritable tour de force pianistique - qui constituent la clé de voûte de la deuxième oeuvre enregistrée ici.Le pianisme de Mereu puise dans une variété d'idiomes appartenant aux périodes romantique et tardive, sans pour autant tomber dans une banale reproduction de modèles tout faits ou simplement retravaillés. Ses coordonnées stylistiques - mûres, on peut le prédire sans risque, pour un développement fructueux - révèlent déjà une solide compréhension et assimilation des multiples courants de pensée qui animent le répertoire pianistique romantique. Témoin supplémentaire de cette absorption, aussi sporadique soit-elle, la veine brahmsienne, plus qu'occasionnelle, du Prélude n° 1, qui ouvre des perspectives poétiques encore plus vastes en adoptant un type de langage qui n'est certainement pas la référence principale de la poétique de Mereu. Un tel trait présuppose une connaissance approfondie des différents registres poétiques et communicatifs de la littérature pianistique, à invoquer selon le climat émotionnel et structurel que l'on souhaite créer.
In preludio et Bozze per un incontro, les deux recueils pour piano présentés ici, présentent une structure similaire (respectivement sept et dix pièces), tout en étant clairement orientés vers des objectifs expressifs distincts. Leur ton fondamental, comme indiqué, est celui d'un piano ouvertement romantique, équilibré entre une impulsion introspective (et expressive) et une orientation virtuose prononcée. Les échos stylistiques renvoient, fermement mais sans affectation, à Liszt et Rachmaninov, tout en laissant place, comme nous le verrons cas par cas, à des incursions significatives vers d'autres modèles compositionnels. D'une certaine manière, les deux anthologies se révèlent mutuellement spéculatives et complémentaires. La première, composée de courtes pièces, révèle presque instantanément la poétique du compositeur, bien que les dimensions volontairement modestes de chaque numéro semblent exiger une exploration plus approfondie - une exploration dûment offerte à l'auditeur dans le second recueil, un long et vaste voyage musical, d'une portée plus vaste et d'un profil émotionnel plus engageant.