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Au début des années 1960, au Berklee College of Music, Byard Lancaster se lie d'amitié avec des musiciens passionnés : Sonny Sharrock, Dave Burrell et Ted Daniel. On comprend aisément son engouement rapide pour le free jazz. Une fois installé à New York, il intègre le Sunny Murray Quintet, enregistré sous la direction du batteur virtuose Albert Ayler.
En 1968, le saxophoniste et flûtiste enregistre son premier album solo : « It's Not Up To Us ». L'année suivante, il se rend à Paris dans le sillage de Sunny Murray. Il revient en France en 1971 (toujours avec Murray) et en 1973 (sans Murray, pour une fois). C'est à cette époque qu'il rencontre Jef Gilson, pianiste et producteur, qui l'encourage à enregistrer à nouveau sous son propre nom.
Sur Palm Records (le label de Gilson), il sortira quatre albums : Us, Mother Africa, Exactly et Funny Funky Rib Crib.
Quelques mois après l'enregistrement de « Us », Lancaster enregistre « Mother Africa » avec Clint Jackson III, trompettiste et collaborateur de Khan Jamal et Noah Howard sur d'autres enregistrements.
Le 8 mars 1974, Lancaster et Jackson prennent la tête d'un groupe composé de Jean-François Catoire (basse électrique et contrebasse), Keno Speller (percussions) et Jonathan Dickinson (batterie).
Dès les premières notes de « We The Blessed », ils déploient un free jazz qui, sous l'influence du blues et de la soul, s'apaise rapidement.
Dès les premières notes de « Mother Africa », la composition de Gilson, l'auditeur est transporté en studio, au son des musiciens qui s'installent : ils discutent, plaisantent... Puis arrive la mélodie : une douzaine de notes d'un thème répété, accéléré et déformé au gré de leurs envies... Le jazz joué par l'association Byard Lancaster / Clint Jackson III est rare : à la fois créatif et récréatif. Quel bonheur de le réécouter aujourd'hui !
Enregistré le 8 mars 1974, ce superbe morceau de jazz modal de 15 minutes est une pure merveille. Quatre notes de basse (l'infatigable Jean-François Catoire, qui forme la section rythmique avec le batteur Jonathan Dickinson et le percussionniste Keno Speller), et le groupe est lancé !
Au piano, Gilson fait preuve de la subtilité d'un accompagnateur discret, laissant la part du lion aux cuivres. On peut ainsi entendre la trompette de Clint Jackson III et le saxophone alto (dont le timbre se rapproche parfois de celui d'une flûte) de Byard Lancaster s'affirmer chacun dans une longue marche hallucinatoire, oscillant entre des moments d'exaltation pure et des passages collectifs d'une sensibilité profonde.