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L'évolution de la clarinette est marquée par un intérêt constant pour son perfectionnement à des étapes cruciales de son histoire, perfectionnement qui s'est concrétisé de manière fulgurante au cours du XIXe siècle grâce à des projets audacieux ayant engendré une évolution extraordinaire. Dès lors, l'intérêt pour une écriture explorant les spécificités de l'instrument s'est accentué, les compositeurs français s'attachant à découvrir les mille et une possibilités expressives et techniques offertes par la clarinette. Il en résulte un catalogue d'une grande richesse, témoignant de la maîtrise des instrumentistes et d'effets musicaux capables d'éblouir l'auditeur. Les pièces sélectionnées pour cet album reflètent clairement cette production, nées dans l'ombre du Conservatoire parisien et destinées à tester le potentiel des jeunes interprètes tout en explorant les langages musicaux de l'époque, dont l'esthétique était plus variée que jamais. La Mélodie et Scherzetto de Coquard, composée en 1904, est née d'une étude, une partition où les aspects techniques et expressifs convergent vers une écriture mélodique d'une grande force expressive. Dans la Petite pièce de Claude Debussy, la dynamique variée, alliée au flux quasi improvisé du matériau rythmique et mélodique, rend l'oeuvre fascinante et agréable à l'écoute. Il en va de même pour le Solo de Concours op. 10 de Rabaud, dont la texture surprenante est confiée à la clarinette dès le début, sous la forme d'un solo d'une grande complexité. Le Solo de Concours de Messager lui-même est riche d'un chromatisme captivant, ponctué de segments diatoniques. La partition de Paul Pierné, quant à elle, est un exercice de style, mêlant images rhétoriques et spéculations à la française. La Canzonetta de son cousin Gabriel, composée en 1888, offre un échantillon de mélodies, ouvrant la voie à un grand lyrisme. L'utilisation d'une telle imagerie sonore est commune à celle de Paul Jeanjean, dont les Arabesques sont imprégnées de motifs séduisants visant à sublimer le potentiel de l'instrument, dont il était un virtuose reconnu. Cahuzac appartient lui aussi à cette catégorie, et avec sa Cantilène, il s'imprègne des paysages sonores de son sud de la France, les irradiant d'une luminosité méditerranéenne. L'appartenance culturelle est une caractéristique singulière des compositeurs vivant à l'ombre de la Tour Eiffel, comme le démontre Semler-Collery lorsqu'il fait traverser à sa Rêverie et scherzo les turbulences du style français du début du XXe siècle. Le choix d'Honegger pour sa Sonatine a une origine tout autre. Avec son début mystérieux, fondé sur un chromatisme virtuose aux vagues échos orientaux, le Lent et soutenu qui suit révèle une plus grande rigueur dans cette même voie sonore, confiée aux bois, austère et mystérieuse. C'est avec le Vif et rythmique que l'« agitation » s'apaise pour laisser place à des sonorités « improvisées » qui font un clin d'oeil aux gestes agiles et impertinents du jazz.