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Des lendemains qui sentent
« Il y a tout juste dix ans paraissait une revue d'un nouveau genre, et honnêtement, si l'on m'avait montré dans une boule de cristal la couverture de ce 21e numéro, je ne sais pas si j'y aurais cru.
Comme je n'aurais sans doute pas cru non plus au chiffre sidérant de 11 500 visiteurs qui ont gravi les marches du Palais Brongniart, il y a de cela quelques jours, pour assister à la plus grande manifestation de culture olfactive jamais organisée à Paris, et née de cette même revue.
J'aurais encore moins soupçonné un tel emballement lorsque j'en étais à griffonner mes premières critiques de parfum sur un cahier il y a maintenant vingt ans...
Bref, si les odeurs sont connues pour leur capacité à nous projeter dans le passé, s'intéresser à elles ne nous autorise pas pour autant à voir dans l'avenir. Mais, sans que l'on sache pourquoi ni comment, notre nez - pourvu qu'il soit creux - nous permet parfois d'anticiper, voire de construire nos lendemains.
Une discussion, une idée, une conviction, une obsession, des accidents, des échecs, mille tâtonnements et encore plus de doutes, et voilà que le futur s'en trouve totalement bouleversé. Quand on sent, on ne se trompe jamais, et j'aime penser que c'est pareil quand on entreprend des choses sans savoir où elles nous mènent.
Car même se tromper, c'est bâtir l'avenir. C'est sûrement ça, avoir du flair.
Si l'on en croit la proportion inattendue de (très) jeunes visiteurs qui, mouillettes au nez, regard émerveillé et smartphone braqué, ont arpenté les allées de la dernière Paris Perfume Week en quête de découvertes, de connaissances, curieux de cet univers trop souvent jugé marginal, on se dit que la culture olfactive a peut-être, finalement, encore de beaux jours devant elle. »
Édito de Jeanne Doré (Directrice éditoriale de Nez)