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L'héritage de Medtner pour piano solo est aujourd'hui largement reconnu, au même titre que celui de Rachmaninov et d'autres géants du Siècle d'argent russe : mélodistes dans l'âme, romantiques au fond, mais aussi virtuoses jusqu'au bout des doigts, qui ont pris leur muse au sérieux et affiné leur inspiration pour distiller dans leur musique une mélancolie typiquement russe. Pourtant, près d'un tiers de l'oeuvre de Medtner, si l'on en juge par le nombre d'opus, est consacrée aux voix, et cette partie de sa musique a reçu beaucoup moins d'attention. Ekaterina Levental s'est attachée à corriger ce déséquilibre. La mezzo-soprano, née en Ouzbékistan et résidant aux Pays-Bas, a interprété l'intégralité des lieder de Medtner en concert avec le pianiste Frank Peters ; ensemble, ils entament un cycle d'enregistrements. Medtner était animé d'un dévouement sans faille à son art, et il a choisi de mettre en musique les plus grands poètes de sa Russie natale : Pouchkine, Fet, Lermontov et d'autres, puis Goethe et Eichendorff en allemand. Contrairement à Rachmaninov, il continua à composer des mélodies même après son émigration et son installation à Londres. « Le vocabulaire musical de Medtner est d'une grande richesse et d'une grande expressivité », expliquent Levental et Peters dans leur notice, imprimée avec la traduction anglaise des paroles. « Certaines mélodies captivent immédiatement, d'autres exigent un certain effort de l'auditeur. Quiconque relève le défi fait une découverte. Chaque mélodie est un trésor, une confession intime et spirituelle du compositeur à son auditeur. » Parmi les mélodies à l'« attrait immédiat », on trouve assurément les deux mélodies de l'Op. 13 : la réponse vocale ardente au Soir d'hiver de Pouchkine, parfaitement soulignée par la partie de piano orageuse. L'Épitaphe, qui lui fait écho, est tout aussi indéniablement russe, triomphante même dans sa mélancolie et, comme beaucoup d'autres mélodies de ce recueil, moins austère que la plupart des oeuvres pour piano de Medtner. Tout auditeur en quête de la voix personnelle du compositeur, au-delà de la virtuosité de son jeu au clavier, devrait commencer par ce recueil.