descriptif du fournisseur
WHIMM a vu le jour il y a plus de dix ans au sein de la scène post-punk underground et mystérieuse de Toronto. La collaboration entre Mounir Al Shami et Andrew Matthews a produit, au fil du temps, des éclats musicaux sporadiques tout en évoluant lentement vers une oeuvre bien plus vaste que ne le laissaient présager leurs débuts. Des idées jaillissent de chaque recoin de *No Promotion*, témoignant d'un désir ardent d'exploration et de remise en question, tout en proposant des sonorités directes et percutantes. Le résultat est un album qui donne l'impression d'avoir brisé en mille morceaux toute la discographie de Coil pour ensuite réassembler ces chansons précieuses à partir des fragments. Ou comme si Vangelis avait invité Section 25 en studio dans l'espoir d'enregistrer la bande originale d'un film glauque. L'album qui en résulte est en perpétuelle mutation, oscillant entre mouvement et déliquescence.
Patrick Flegel (de Cindy Lee) a accueilli Al Shami et Matthews au studio REALISTIK de Montréal pour assurer la prise de son de la moitié des titres de l'album, apportant également sa contribution à la guitare sur le morceau d'ouverture, « Five in Decline ». Cette influence est manifeste dès le début, puisque les trois premiers titres sont issus de ces sessions. « Five in Decline » palpite et aboie avant de s'élancer à toute allure dans des couloirs qui semblent se refermer sur lui. « Another Labour » ralentit pour devenir une valse arachnéenne où des mélodies anxieuses se répondent. « Returnal » pulse, flotte dans le ciel nocturne et vous hante à jamais. « Rye » trace un chemin percussif vers des voyageurs aux affinités proches, tels que Terry Riley et Jon Hassell, avant que la complainte de « A Death Remembered » ne forme le point d'équilibre parfait du disque. Entre montée en puissance progressive, batterie nerveuse et nappes d'orgue enregistrées à la Metropolitan United Church de Toronto, le morceau évoque une émotion suspendue, à la lisière de la résolution.
« Rhymes of December » déchire l'air, porté par un train solitaire sous l'immensité urbaine et ses lumières vacillantes qui défilent en flou, avant de s'ouvrir - dans un tourbillon opératique - sur l'autel aux chandelles de « After the Last Sky » (où l'on retrouve ces magnifiques orgues). « K'20 » vous propulse dans une course en taxi chaotique et claustrophobique (Qui parle ? S'agit-il de sirènes ?), jusqu'à ce que vous trouviez enfin le calme du petit matin ; vous attendez à la fenêtre que le soleil vous rejoigne à nouveau, alors que les premières notes de « No Promotion » sont délicatement égrenées. Dernier morceau issu des sessions Flegel, ce titre offre plus de huit minutes d'une beauté contemplative. C'est le portrait d'un coeur inquiet, prêt enfin à trouver le repos. S'achevant sur une ultime apparition dans la veine de The Caretaker, « After the Last Sky (Reprise) » marque un retour à la mélodie lorsque les mots perdent tout leur sens.
Al Shami et Matthews tissent leurs paroles tout au long de l'oeuvre, des mots qui décrivent une quête de lucidité, ainsi que des réactions et des réflexions. Al Shami - s'exprimant depuis la diaspora palestinienne - médite sur le déracinement, tant personnel que collectif. Son parcours, qui va de l'état de celui qui a « été sans terre et [qui] voit encore clair » dans "Rhymes of December" à une posture plus défiante dans "Returnal" (« nous reviendrons, peu importe l'issue ou les lieux traversés »), prend une tournure très intériorisée sur 'No Promotion'. Ce sentiment d'aliénation vient ébranler le coeur même d'une relation lorsque la terre et les circonstances imposent la séparation : « Et après notre dernier souffle, il ne reste en moi que notre chair et nos peurs ; tes derniers mots flotteront encore des années durant, mais tu ne trouveras jamais de foyer en moi. » Des coeurs en marge, qui connaissent pourtant la direction.