descriptif du fournisseur
Le 28 juin 2023 j'examinais plusieurs dossiers déposés aux Archives nationales à Pierrefitte,
en banlieue parisienne. Ils contenaient les documents versés par les ministères de la Justice et
de l'Intérieur sur la période 1961 - 1962 à Alger, année au cours de laquelle l'OAS fit régner en
Algérie et en France un climat de terreur et de guerre civile en tuant, brûlant, détruisant à grande
échelle, jusqu'à mettre en danger la République et la démocratie. Ces papiers officiels n'avaient
jamais été révélés.
En effet, l'arrêté du 22-12-2021 portant ouverture d'archives relatives à la guerre d'Algérie,
a ramené le délai de libre communication de 75 à 50 ans. Ainsi, j'ai pu accéder aux documents
qui concernaient le massacre du 15 mars 1962, perpétré par l'organisation terroriste française
contre mon père et cinq de ses collègues, dirigeants des Centres sociaux éducatifs. L'intérêt des
informations que ces pages portent au grand jour dépasse largement les révélations sur ce crime
collectif. Il réside d'abord dans la sûreté qui s'y attache, liée à leur provenance et au fait qu'elles
n'ont jamais été révélées. Elles apportent également des précisions sur la mise en application de
manière concertée, par l'organisation nationaliste, de supprimer la démocratie en France. Elles
disent surtout la vérité judiciaire sur l'OAS qui a bien été une organisation authentiquement
terroriste. La Cour de sûreté de l'État l'a juridiquement établi, et de manière irréfutable, ce qui
met un terme définitif aux tentatives de réécriture d'un récit qui cherche à glorifier les auteurs
des nombreux crimes commis pour renverser le régime constitutionnel. Dans ces pages, la parole
sera donnée aux témoins du meurtre qui ont déposé devant les enquêteurs malgré la violence du
choc qu'ils venaient de subir. Les actes de police et de justice seront révélés.
Au plus noir de la guerre d'Algérie, chaque Centre social fut un lieu d'humanité.
Germaine Tillion, déportée résistante et admise au Panthéon fut la fondatrice de cette institution
de l'Éducation nationale. Elle écrit le 3 octobre 2003 : « De toutes les choses que j'ai faites
dans ma vie, ce qui me tient le plus à coeur, c'est d'avoir créé les Centres sociaux en Algérie [...]
Un Bien créateur sans être destructeur. »
Dans Le Musée-mémorial du terrorisme
Projet scientifique et culturel remis au président de la République
il est fait référence uniquement à cet attentat de Château Royal :
1954-1962 : Le terrorisme durant la guerre d'Algérie
Le terrorisme et la politique de terreur d'État, ont été des éléments structurels de la Guerre d'Algérie,
une guerre coloniale et une guerre civile. Il s'agit ici d'évoquer le sort des civils et certains attentats emblématiques,
comme celui du 30 septembre 1956 par des militantes du FLN au Milk Bar d'Alger ou celui
de Château-Royal par l'OAS contre six membres des Centres sociaux éducatifs, le 15
mars 1962. Le terrorisme de cette époque a profondément marqué les esprits et les mémoires, tout comme
la colonisation et la décolonisation dans leur ensemble.