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Pour une oeuvre de jeunesse, c'est un coup de génie ! La première symphonie de Lutoslawski, écrite entre 1941 et 47 - il affiche donc entre 28 et 34 ans - déborde d'une insolente vitalité, d'un surcroît d'idées et de trouvailles, certes encore dans la lignée de Bartók mais ce n'est pas là une critique, bien au contraire. Curieusement, la dictature à la botte soviétique taxera l'ouvrage de "formaliste" (c'est quoi, le formalisme dans l'écriture symphonique ?) et veillera soigneusement à ce qu'elle ne soit pas trop diffusée. En vain, car bien que l'on continuât à la battre à froid dans les cercles soviétiques jusqu'à l'époque de Brejnev, elle appartient maintenant au grand répertoire de tout orchestre qui se respecte. Par ailleurs, le compositeur fut rapidement considéré comme un acteur majeur de la musique contemporaine jusque et y compris du "bon" côté du Rideau de fer, de sorte que les interdictions ne pouvaient qu'être temporaires et sombrer dans le grotesque. Bien des années plus tard, en 1988, Lutoslawski orchestre une pièce initialement écrite pour violon et piano, la "Partita" de 1984. On remarquera que, des cinq mouvements, seuls sont orchestrés les mouvements pairs, les 2 et 4 restant confiés au piano et au violon : c'est que la musique de ces courts interludes est totalement libre, sans mètre, à jouer ad libitum. Quant à "Chain 2", c'est le deuxième volet d'un triptyque où les éléments structurels sont développés selon un principe de tuilage, comme les maillons d'une chaîne. L'auditeur aura sans doute un peu de difficulté à saisir le cahier des charges auto-imposé à la seule écoute, mais combien de cahiers des charges ayant présidé à la création de grands chefs-d'oeuvre ("La Vie, mode d'emploi", "L'Offrande musicale") sont-ils réellement perceptibles ? Pour terminer, tout à fait autre chose : les "Préludes" (Preludia taneczne, ou Dance Preludes sur le CD), écrits pendant les années 50 pour clarinette et orchestre de chambre. Lutoslawski y fait usage de mélodies populaires polonaises, et les traite un peu comme Bartók l'a fait avec les danses folkloriques roumaines ou hongroises, dans un langage harmoniquement raffiné et polytonal, mais tout en leur gardant leur esprit dansant et populaire. La création n'eut lieu qu'en 1963, sous la baguette de Benjamin Britten.