Philip Topolovac
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Dans ses projets à première vue hétérogènes, Philip Topolovac analyse les conditions de notre perception de la réalité et s’interroge sur le sens que nous accordons à ce que nous percevons. Où est le réel ? Où est l’historique ? Qu’estimons-nous à sa juste valeur ? Notre monde est-il réellement tel que nous avons appris à nous l’imaginer ? La naissance de l’art est ici un évènement qui, pour l’artiste, se déroule avant tout dans la tête des spectateurs – la perception en tant que projection et interprétation est un sujet central de nombreuses oeuvres. C’est pourquoi cette publication a pour objectif premier de ne pas perdre le fil rouge dans le travail de Topolovac. Le monde comme modèle, l’oeuvre d’art comme accessoire – cet aspect central de son oeuvre est aussi présent dans la série récente des « Prophètes » (2025) où des expressions « extatiques » de modèles baroques de saints en terre servent à former des têtes plus vraies que nature en polystyrène et pâte à modeler. Quant à la série des « Mockups », Topolovac a commencé par y reproduire les accessoires ayant servi à une expérience dans les années 1970, le « Paradis des souris » (2025) – lorsque la population a dépassé 2200 individus, la colonie s’est effondrée et les animaux sont morts. De la même manière qu’il avait fait une sculpture en reproduisant une colonne de béton reconvertie en fontaine (2023) du jardin du Berghain. Philip Topolovac est parvenu ces dernières années à rassembler une importante collection d’objets détruits par la guerre qu’il a sauvés dans des fouilles de construction à Berlin. En effet, les nombreuses friches de l’après-guerre sur le tracé du Mur et dans la ville divisée se construisent à une cadence effrénée depuis la réunification tandis que le boom immobilier n’ouvre qu’une période réduite du passé dramatique d’où surgissent sans cesse des vestiges des destructions de grande ampleur dont Berlin a été victime pendant la guerre. Les décharges polluées promises à l’élimination sortent de terre comme du subconscient de la ville. L’histoire apparait derrière des palissades de chantiers pour être aussitôt effacée de nouveau. C’est d’un contexte semblable qu’est issue l’oeuvre – nettement plus onirique – « Orphée », dont la tête usée par les intempéries flotte désormais sur un lac berlinois tandis que des arias de l’opéra de Gluck « Orfeo ed Euridice » (1762) chantés par le ténor Kevin Traugott résonnent à intervalles irréguliers. Quelque chose de perdu s’attache à ce travail qui fait référence, d’une part, au mythe de l’Antiquité selon lequel la tête du poète portée par le fleuve Hèbre a longtemps continué de chanter après sa mort et évoque, d’autre part, une statue d’Orphée détruite pendant la guerre qui se dressait devant l’École supérieure des beaux-arts de Berlin et dont les restes ont été déversés dans le port Westhafen lors des travaux de déblaiement après la guerre. Le personnage sans tête est aujourd’hui abandonné dans un petit bois entre la bretelle d’accès à l’autoroute et les installations portuaires, tandis que la sculpture flottante est une reconstruction de la tête perdue d’Orphée, réalisée à partir de photographies d’archives. Le tragique du mythe et de la réalité fusionne ici dans une illusion d’optique surréaliste et incarne la genèse du livre.
 
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