Portraits de Femmes - Musique pour piano à 4 mains

De Musikfest Piano Duo (Interprète), Carlo Benatti (Autre interprète)
Portraits de Femmes - Musique pour piano à 4 mains
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Le parcours créatif des compositrices présentées dans ce projet d'enregistrement s'étend sur deux siècles. Chaque oeuvre contribue à façonner l'image des compositrices entre le XIXe et le XXe siècle, un rôle qui a évolué d'une présence marginale à une force créatrice reconnue. Ces compositrices vivaient à une époque où les carrières publiques leur étaient souvent inaccessibles. Nombre d'entre elles se sont consacrées au piano - instrument domestique par excellence - composant de nombreuses pièces pour piano à quatre mains, un répertoire intime et familier, mais non dénué d'ambition artistique.
À la fin du XVIIIe siècle, on découvre l'Anglaise Jane Savage (1752-1824), fille du célèbre organiste et compositeur William Savage. Dès son plus jeune âge, Jane participe à la vie artistique londonienne, notamment au sein du cercle de Haendel, Arne et Boyce. Elle publie plusieurs recueils de sonates, de duos et de chants sacrés, souvent à compte d'auteur. Sa musique reflète un idéal classique d'équilibre et de clarté, en accord avec le goût des amateurs cultivés de l'Angleterre géorgienne. Après son mariage, Jane Savage réduit son activité publique mais continue de composer en privé, laissant un héritage aujourd'hui redécouvert comme un précieux témoignage de la contribution des femmes à l'école britannique naissante du clavier. Son « Duet favori pour deux interprètes sur un pianoforte ou un clavecin », publié vers la fin du XVIIIe siècle, est divisé en trois mouvements et révèle une surprenante maîtrise formelle. Le premier mouvement, « Maestoso », solennel et harmonieux, évoque la rhétorique mozartienne par ses élégantes modulations. Le Larghetto central met en valeur un cantabile simple mais non banal, avec des dialogues imitatifs entre les deux mains qui soulignent la dimension de musique de chambre et la sensibilité mélodique. Le Rondo final est brillant, d'une précision rythmique remarquable et orné de subtiles fioritures.
Au milieu du XIXe siècle, tandis que la musique pour piano à quatre mains connaissait son âge d'or dans les salons bourgeois, des compositrices de grand talent émergèrent et surent conquérir leur public. En France, Cécile Chaminade (1857-1944) se distingue, peut-être la première compositrice à acquérir une renommée internationale à la fin de la période romantique. Son oeuvre, principalement consacrée au piano, comprend les Six pièces romantiques op. 55 (composées vers 1890). Celles-ci incarnent le goût fin de siècle pour la pièce de genre, ces courtes pièces inspirées d'images ou de scènes évocatrices, très en vogue dans le romantisme français. Dans ces pages, Chaminade brosse un tableau coloré : de la fraîcheur pastorale de Primavera, suspendue entre le rythme d'une barcarolle et l'esprit d'une valse, à La chaise à porteurs, une marche légère et galante, et enfin, la Sérénade d'automne, qui alterne une mélodie berçante avec des épisodes brillants évoquant la mandoline. Grâce à leur charme mélodique et à leur écriture raffinée, les compositions de Chaminade devinrent populaires en Europe et en Amérique, où des cercles de femmes - les « Clubs Chaminade » - dédiés à sa musique virent même le jour.
Une autre voix française contemporaine de Cécile fut celle de Mel Bonis (1858-1937). Née Mélanie, mais contrainte d'adopter un pseudonyme à consonance masculine, elle fut admise au Conservatoire de Paris, où elle étudia avec Franck et Guiraud. Sa formation académique et ses contacts avec la Nouvelle Vague parisienne, mouvement impressionniste, lui permirent de développer un style raffiné, alliant le cantabile mélodique de Franck au sens de la couleur harmonique et du timbre de l'école française de la fin du XIXe siècle. Après un mariage arrangé qui l'obligea à interrompre sa carrière pendant de nombreuses années, Bonis reprit la composition après la mort de son époux, laissant un corpus de plus de trois cents oeuvres, comprenant des pièces pour piano, de la musique de chambre, de la musique sacrée et de la musique orchestrale. Son oeuvre pour piano à quatre mains est significative tant pour le répertoire pédagogique que pour le répertoire de concert. Parmi ses oeuvres, Los Gitanos se distingue, une pièce pleine d'élan et de couleur qui évoque la musique andalouse, caractérisée par des rythmes obstinés, une percussion et des gammes modales qui rappellent l'Espagne imaginée selon le goût de la Belle Époque.
Dans le monde anglo-saxon de la fin du XIXe siècle, on rencontre Helen Hopekirk (1856-1945) et Amy Beach (1867-1944). Hopekirk, d'origine écossaise, était une pianiste virtuose, pédagogue et compositrice qui s'est illustrée par une carrière internationale. Élève de grands maîtres tels que Karl Klindworth à Berlin, elle se perfectionna également à Paris, enrichissant son style pianistique d'une solide maîtrise technique et d'une sensibilité d'interprétation appréciée par la critique contemporaine. Dès les années 1880, elle entreprit des tournées en Europe et aux États-Unis, se produisant dans des salles prestigieuses comme le Boston Symphony Hall. Après son mariage, elle s'installa définitivement aux États-Unis et devint une figure incontournable de la vie musicale bostonienne, tant comme concertiste que comme professeure au New England Conservatory. Hopekirk a laissé une oeuvre qui témoigne de son double attachement à la tradition romantique allemande et à la musique folklorique écossaise. Ses pièces pour piano solo, ses lieder et sa musique de chambre sont souvent imprégnés de mélodies folkloriques transfigurées par une harmonie raffinée. Son écriture se distingue par sa maîtrise des couleurs modales et une approche lyrique sobre. Deux de ses arrangements de chansons écossaises, « Land o' the Leal » et « Eilidh Bàn », illustrent parfaitement ces qualités.
Composées à l'origine par Hopekirk pour piano solo, ces oeuvres furent ensuite transcrites pour piano à quatre mains par Anna Caporaso. La première est un chant funèbre transformé en une délicate élégie, tandis que la seconde évoque avec légèreté le rythme de danse d'une ballade folklorique. Dans leur version à quatre mains, ces pièces témoignent également d'une orientation pédagogique et de musique de chambre, fidèle à la tradition des salons du XIXe siècle.

L'Américaine Amy Beach représente un cas exceptionnel dans le paysage musical américain de l'époque : pianiste prodige et première compositrice américaine à obtenir une reconnaissance nationale pour une oeuvre symphonique (Symphonie gaélique, 1896), elle est considérée comme la fondatrice de la Seconde École de Boston. Élevée dans une famille cultivée du New Hampshire, elle poursuivit ses études presque entièrement en autodidacte, perfectionnant son jeu pianistique et étudiant seule le contrepoint, l'orchestration et les formes classiques à travers les oeuvres de compositeurs allemands. Après son mariage, elle réduisit ses activités de concertiste par souci de discrétion, mais continua de se consacrer à la composition. Elle produisit une oeuvre impressionnante, comprenant une symphonie, un concerto pour piano et orchestre, des cantates, des cycles vocaux et de nombreuses pièces de musique de chambre et pour piano. Dans « Rêves d'été », op. 47, publié en 1901 et dédié à sa nièce Edith, chaque mouvement est précédé d'un court poème choisi par la compositrice, une particularité qui rapproche l'oeuvre de la tradition romantique allemande. Les titres évoquent un été féerique : « Brownies » est une danse légère et spirituelle de lutins des bois ; « Robin Redbreast » gazouille avec la fraîcheur printanière dans des figures arpégées ; « Twilight » suspend l'harmonie dans des nuances crépusculaires ; « Katy-dids » offre un rythme vif et pétillant comme un choeur d'insectes nocturnes ; « Elfin Tarantelle » est une petite tarentelle virtuose d'esprits fantastiques ; « Good Night » conclut par une douce berceuse.

Au début du XXe siècle, les contextes et les langages évoluèrent. Germaine Tailleferre (1892-1983) embrassa le néoclassicisme avec une langue limpide, brillante et pleine d'esprit. Elle étudia au Conservatoire de Paris, où elle rencontra Milhaud, Honegger, Poulenc et Auric, qui formèrent avec elle et Durey le célèbre groupe des Six. Ses premières oeuvres reflètent l'influence de Ravel et de Satie, avec un goût pour les formes brèves, les contrastes saisissants, une écriture transparente et un humour subtil. Malgré les difficultés rencontrées pendant la guerre et une longue période d'oubli critique dans la seconde moitié du siècle, Tailleferre continua de composer avec une constance inlassable, nous léguant une riche oeuvre de musique de chambre, d'orchestre, vocale et pour piano, témoignant de la modernité féminine dans le Paris du XXe siècle. Son aptitude à allier rigueur formelle et fantaisie fait d'elle l'une des voix les plus personnelles de la musique française du XXe siècle. La Suite burlesque, écrite dans ses dernières années, se compose de six pièces miniatures (Dolente, Pimpante, Mélancolique, Barcarole, Fringante, Bondissante) qui témoignent de sa veine toujours pétillante et enjouée.

Sur la scène contemporaine, on trouve Christine Donkin (1976), représentative d'une génération de compositeurs enfin affranchis des contraintes qui entravaient leurs prédécesseurs. Canadienne, formée à Ottawa puis à Edmonton, Donkin a développé un langage original et communicatif, capable d'allier rigueur formelle, inventivité et immédiateté expressive. Son oeuvre comprend des pièces pour orchestre, choeur, musique de chambre et une vaste série de compositions pour piano, dont plusieurs ont été intégrées aux programmes d'enseignement des conservatoires et écoles de musique d'Amérique du Nord. Le recueil « From Riccioli's Moon » (2011), inspiré par les mers lunaires ainsi poétiquement nommées par l'astronome Giovanni Battista Riccioli au XVIIe siècle, est l'une de ses oeuvres les plus emblématiques. Les pages consacrées à « The Sea of Tranquility » et « Bay of Rainbows » y traduisent en musique le calme suspendu et les reflets irisés de ces lieux imaginaires à la surface lunaire. Dans le premier morceau, les deux pianistes doivent fusionner en un seul son, presque liquide, suggérant l'immobilité d'une mer calme dans l'espace, tandis que le second morceau introduit un style d'écriture plus étincelant et irisé, avec des arpèges évoquant la lumière jouant sur les vagues.
Sur la scène contemporaine, on trouve Christine Donkin (1976), représentative d'une génération de compositeurs enfin affranchis des contraintes qui entravaient leurs prédécesseurs. Canadienne, formée à Ottawa puis à Edmonton, Donkin a développé un langage original et communicatif, capable d'allier rigueur formelle, inventivité et immédiateté expressive. Son oeuvre comprend des pièces pour orchestre, choeur, musique de chambre et une vaste série de compositions pour piano, dont plusieurs ont été intégrées aux programmes d'enseignement des conservatoires et écoles de musique d'Amérique du Nord. Le recueil « From Riccioli's Moon » (2011), inspiré par les mers lunaires ainsi poétiquement nommées par l'astronome Giovanni Battista Riccioli au XVIIe siècle, est l'une de ses oeuvres les plus emblématiques. Les pages consacrées à « The Sea of Tranquility » et « Bay of Rainbows » y traduisent en musique le calme suspendu et les reflets irisés de ces lieux imaginaires à la surface lunaire. Dans le premier morceau, les deux pianistes doivent fusionner en un seul son, presque liquide, suggérant l'immobilité d'une mer calme dans l'espace, tandis que le second morceau introduit un style d'écriture plus étincelant et irisé, avec des arpèges évoquant la lumière jouant sur les vagues.
 
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