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Comment sait-on qu'on fait groupe ? Non ! Quand le sait-on ? Quelle alchimie ? Quelle transmutation ? Quels trafics sonores ? Quels petits accommodements avec la joie ? Christophe Marguet et Daniel Erdmann, compagnons de longue route, en savent quelque chose. Ils se sont trouvés. Convoquant Bruno Angelini (piano) et, à la contrebasse, un des plus beaux sons qui soit, celui d'Hélène Labarrière, ils franchissent une nouvelle étape. Mais toujours ensemble (Together, Together, titre de leur album, 2013).
Leur pacte commun relève d'une architecture partagée.
Matériau, compos, pronto presto, parole, goût de la mélodie, quelque chose de bleu qui paraissait une aile, et ce retour au sol après virage serré (la dernière " chanson " comme disent les musiciens américains, le dernier ' thème ', selon le patois des Kritiques de jazz made in France), qui résume et rassemble tout : l'album (c'est un album) Pronto ! frappe par sa cohésion, sa densité, son homogénéité. Ouvert à toutes et tous. Il frappe aussi, et ce n'est pas contradictoire, par l'étendue de liberté qu'il laisse à chacune des quatre voix, aussi bien qu'aux sous-ensembles envisageables (deux par deux, soudain trois, etc.)
'Finalement' - comme disent les philosophes -, 'en fin de compte' (selon les banquiers), cette marge de créativité prend tout son sens grâce à l'armature pensée du tandem Marguet - Erdmann, dépensée dans leurs compositions singulièrement proches, transmise à Hélène Labarrière et Bruno Angelini. Lesquels jouent le jeu comme s'ils faisaient partie d'un quartette historique. Pour toutes les fois où l'on constate que la musique aurait pu prendre telle ou telle voie - elle ne l'a pas fait..., il arrive qu'on le regrette, saluons ici, pronto, presto, la mise en oeuvre d'idées et de sons qui flottaient dans l'ère des possibles, ces soirs bleus d'avant la parole... Idées et sons qui portent des noms : Dewey Redman, natif de Fort-Worth (Texas), Don Cherry, Eric Dolphy ou Ed Blackwell (le maître des tambours), tous gravitant autour d'Ornette Coleman, voisin de Dewey dans l'enfance. Ornette avait conçu d'un terme élégant qu'on a bêtement moqué (l'harmolodie) ce qui se trame dans l'amitié des musiciens. Message à reprendre, de volée, s'il vous plaît, message que l'on peut, que l'on doit s'approprier, sans rien perdre des alluvions successives, message à convertir en programme toujours recommencé. - - Voilà qui est fait. Cela s'appelle l'aurore, Numero Uno, ou Pronto !, comme vous voudrez... Daniel Erdmann (sonorité soyeuse, murmure, promptement changée en lumière éclatante) et Christophe Marguet (maître des tambours et des cymbales) ont réussi le plus délicat d'une aventure musicale : l'art d'inviter, d'intégrer, de relancer, en toute liberté et parfaite maîtrise, toujours ensemble. --- Francis Marmande ---
'Riches de nombreuses expériences, nous sommes toujours avides de nouvelles rencontres humaines et musicales, ce quartet en est l'exact reflet. 'Pronto!' signifie prêt, être prêt à quelque chose, se tenir prêt, rapide, prompt... et résonne comme une urgence de vivre l'instant présent, l'intensité du moment, c'est aussi la conscience d'être à un point d'équilibre, un moment particulier où nous nous sentons totalement investis dans notre quête de musique et de vie.'