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La réédition « Un jour quelqu'un m'a dit : «Fais une seule note, mais bien habillée, car si on fait trop de notes, on ne peut pas toutes les habiller». » Main appuyée sur le clavier, coups de vent du soufflet, envol d'une gamme, l'Argentin Raúl Barboza enveloppe d'atmosphères délicates les sautillements de son chamamé : « De la musique moderne, paraît-il, mais je faisais ça quand j'avais 20 ans, il y a...
Bien des années ! Je suis du Nord-Est, mon territoire c'est la forêt, le fleuve, le chant des oiseaux, les pythons et les anacondas, et cela se reflète dans ma musique. » Raúl décide de gagner la France, où il débarque en 1987, « sans papiers ». Et là, il réalise « comme un coup sur le nez » qu'il n'entre dans aucune classification. Il est argentin, mais ne joue pas le tango, ni du bandonéon. ««Etes-vous indien ? demande quelqu'un dans l'assistance.» Je me suis regardé dans la glace, et tout à coup je me suis rendu compte. A la maison on ne parlait jamais de ça. » Barboza se découvre une nouvelle liberté ; soudain, tout est permis, et d'abord « ces musiques que là-bas je pensais ne pas pouvoir jouer à cause du racisme interne ». Les autres accordéonistes lui ont fait une place - les Galliano, Azzola, Daniel Colin, Jo Privat - et l'académie Charles-Cros lui décerne un prix. Partagé aussitôt avec les amis musiciens de Buenos Aires, « ceux qu'on laisse dans l'ombre, qui, comme moi, ont été repoussés. Comme Gardel, j'aime « donner la fleur à la fille moins jolie. » Hélène LEE - Libération