descriptif du fournisseur
Déjà, la pochette. Sur ce cliché, Auren adopte une position foetale. Pas de repli, ni de peur. Dans son regard se lit une détermination de fer, une inspiration renouvelée et la joie d''être au monde, malgré tout. Le corps, lui, raconte comment il a été précieux pour ce disque. Faire appel à Wonder Woman, nous dit Auren. « Renverser l''histoire, sans tricher. » Car Auren, si elle a accouché de son plus bel album à ce jour, a dû affronter son absence de maternité. Alors il a fallu écrire, composer, interpréter. Pour mieux se réincarner.
Flashbacks. Auren petite fille, apprentie pianiste grâce aux leçons prodiguées par sa grand-mère. Auren jeune fille, en prépa HEC, le chant devient une échappatoire et les 1ères chansons voient le jour. Auren, femme en devenir, en travaillant en maison de disques, elle comprend que sa place est sur scène plutôt qu''en coulisses. Sélectionnée aux Rencontres d''Astaffort, elle assure les 1ères parties de F. Cabrel, puis, autour d''un 1er album paru en 2013, de B. Biolay et A. Beaupain. Suite à un concert de Calexico, Auren dépose ses maquettes au groupe américain. Il tombe sous le charme. Le 2ème effort d''Auren, Numéro (2019) est enregistré à Tucson. L''enthousiasme est là, tant du point de vue critique que public. Mais les ailes d''Auren sont coupées par la pandémie. Celle-ci rebondit avec l''aussi poétique que politique Il s''est passé quelque chose, s''offrant même un duo avec Jeanne Cherhal "Vivante ». Résultat : il est couronné du Prix Charles-Cros.
« Le temps est un allié de l''artiste et Réciproque en aura beaucoup demandé », confie Auren. Il reflète ce qu''elle a besoin de poser sur papier face aux méfaits d''une cause nationale, l''endométriose. Auren a traversé le parcours douloureux de la PMA, une grossesse extra-utérine la condamnant à être une femme « nullipare ». Incomplète, donc, dans l''inconscient collectif. Son couple a été mis à mal, lui aussi. La lumière, elle la trouve en courant en montagne. Pratiqué quotidiennement, le trail, qui la conduit jusqu''à prendre des dossards pour des courses, met son corps au service du mental. Il s''agit alors de catalyser la souffrance en musique et de retrouver la joie.
Dont acte dans un studio qui lui est cher, le Melodium de Montreuil, avec une dream team de confiance. Nicolas Dufournet à la réalisation est attentif aux volontés d''Auren. La texture sonore doit être chaleureuse, organique, convoquant les seventies tout en appartenant au synthétique 2.0.
Enfin, d''agiles superpositions vocales permettent à Réciproque de résonner avec une densité inédite. Car au-dessus du piano, au centre de cette toile orchestrale, s''impose le verbe d''Auren. « Après la sidération, se mettre à nu était nécessaire à la guérison. C''est une question d''honnêteté morale, envers soi comme envers les autres. » S''inscrivant dans le paradigme de la santé mentale qui, s''il est de plus en abordé au travers du prisme pop, reste délicat à dérouler du point de vue narratif, Réciproque balaye les larmes comme les clichés. Encouragée par la lecture de Virginie Despentes, Cécile Coulon, Kae Tempest, galvanisée par la peinture de Frida Kahlo, bouleversée par Valeria Bruni-Tedeschi dans L''Attachement, Auren s''est sentie moins seule. Et plus sûre encore de son art.
S''ouvrant sur la pop synthétique épurée de « Coup droit », Réciproque est aussitôt addictif. « Éviter la chute, craindre la rechute, garder la matrice sous les cicatrices », chante-t-elle sur « Record » - où le temps long du diagnostic et de la guérison se retrouvent dans le champ lexical de la course et de la médecine. Le morceau-titre, lui, alliant claviers et un chanté-parlé très maîtrisé, évoque cette réciprocité requise en amour, en affaires, en société... Si demandée qu''elle en devient opaque. Mais chez Auren, dont le timbre cristallin est aussi victorieux que le piano qui le (trans)porte, les faux-semblants n''ont plus leur place : Réciproque affirme son goût de vivre, intense et contagieux - au même titre que ses mélodies.