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En 1904, à vingt-deux ans, James Joyce quitte son Irlande natale pour l'Europe continentale. Zurich, Trieste et Paris seront ses principaux ports d'attache.
Cependant, disait-il : « J'écris toujours sur Dublin, car si je peux atteindre le coeur de Dublin, je peux atteindre le coeur de toutes les villes du monde.
Le particulier contient l'universel. » De Gens de Dublin à Portrait de l'artiste en jeune homme, d'Ulysse à Finnegans Wake, sans oublier ses poèmes réunis en 1936, les projets littéraires de Joyce sont à première vue très différents les uns des autres. Mais les oeuvres de l'écrivain irlandais ont en commun d'avoir révolutionné leur genre et de se placer toujours à un niveau radical d'innovation. C'est à Paris, où il arriva avec sa famille en 1920, que devait s'établir la réputation de Joyce comme représentant majeur de la modernité littéraire. Alors que le devenir de son oeuvre était barré par la censure aux États-Unis comme en Angleterre, c'est la parution de l'édition originale d'Ulysses à Paris en février 1922, grâce à l'intrépide Sylvia Beach, avec le soutien de Valery Larbaud et d'un réseau de sociabilité littéraire, qui permit à Joyce de trouver un tremplin pour sa reconnaissance internationale.
Lorsque vit le jour en 1929 la première traduction d'Ulysse en français, Philippe Soupault en rendit compte en ces termes dans Europe : « Je ne crois pas qu'aucun écrivain sincère, après la connaissance d'Ulysse, puisse considérer son oeuvre et reprendre son travail dans le même esprit qu'avant cette connaissance. » Aujourd'hui, si les ligues de vertu ne s'insurgent plus contre Ulysse et si la charge d'obscénité n'est plus d'actualité, la réputation de Joyce continue à être celle d'un écrivain pour le moins « difficile ».
Dans la grande diversité de sujets et d'approches dont ils témoignent, les textes réunis dans ce numéro disent et démontrent que cet écrivain parmi les plus influents du XXe siècle n'a rien d'« illisible ».
L'oeuvre de l'écrivain irlandais John Banville, né en 1945, rassemble à ce jour des nouvelles, des pièces de théâtre, des scénarios de films, des chroniques et une bonne dizaine de romans noirs publiés sous le pseudonyme de Benjamin Black, mais l'auteur de La Mer (lauréat du prestigieux Booker Prize en 2005) est avant tout un très grand romancier à qui l'on doit une douzaine de romans aussi riches que subtils. L'auteur lui-même n'apprécie guère le cloisonnement des genres littéraires, mais on peut tout de même avancer que c'est dans ces romans sublimes que l'art de John Banville tutoie les sommets. Contrairement à Joyce et à bien d'autres écrivains de son pays, Banville n'a pas pris le chemin de l'exil ; il vit et travaille à Dublin, mais passe néanmoins pour le plus européen des écrivains irlandais.