Saint Paul (mars 2009)
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Thème de la beauté n'est pas le premier qui vient à l'esprit quand on envisage les écrits des Pères et des médiévaux. Il n'en demeure pas moins que ce thème est important dans leurs écrits comme l'a montré Umberto Eco, et comme en témoigne aussi Augustin avec son hymne : « Bien tard, je t'ai aimée,ô beauté si ancienne et si nou­velle ». On a aussi un recueil d'écrits d'Origène, publié par les Cap­pa­do­ciens sous le titre excep­tionnel de Phi­lo­calie, ou amour de la beauté, même si cet ouvrage traite plus d'herméneutique que d'esthétique. Marqués par l'héritage grec, les Pères ont mis l'accent sur la beauté, même si c'est parfois une beauté para­doxale. C'est, alors, la vue, la vision qui l'emporte sur l'écoute, une vision grecque plus qu'hébraïque. Dans leur conception de la beauté, les Pères ont été, en effet, for­tement marqués par le Banquet de Platon et par l'Ennéade I, 6 de Plotin, consacrée au Beau, à tel point qu'il est juste de parler du « pla­to­nisme des Pères » ou, avec Endre von Ivanka, de Plato chris­tianus. Cependant, ce pla­to­nisme n'est que formel.
Les Pères reprennent les cadres de pensée de leur époque. mais ils repensent l'apport pla­to­nicien à partir de l'expérience cen­trale de la Trans­fi­gu­ration où le Christ apparaît véri­ta­blement comme « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44, 3) dans une lumière écla­tante qui mani­feste sa divinité. Si les Pères sont passés comme dans le Banquet, des beaux corps aux belles âmes, ce n'est pas pour en venir à l'Idée du Beau, mais pour ren­contrer le Créateur, qui est à l'origine de toute beauté. De mène, s'ils se sont ins­pirés des fines ana­lyses de Plotin rela­tives au Beau, ce n'est pas pour en venir à une quel­conque fusion avec l'Un, mais pour recon­naître l'ouvrier à travers son oeuvre et pour passer à la création nou­velle avec le Christ, qui est l'épiphanie de toute beauté. D'ailleurs, le thème de la beauté n'est pas sans rejoindre le thème hébraïque de la gloire de Dieu (kâbôd) que l'on trouve, en par­ti­culier, dans le livre de l'Exode, quand Moïse doit se cacher le visage tace au rayon­nement de la gloire de Dieu.
Lors des Ren­contres annuelles de patris­tique de Car­cas­sonne de juillet dernier, que Patrick Lau­rence pré­sente dans le Limi­naire, il n'était pas pos­sible de réa­liser un travail aussi vaste que celui d'Hans Urs von Bal­thasar dans La Gloire et la Croix, dont le titre ori­ginal est jus­tement Herr­lir­chkeit : splendeur, théo­logie de la beauté. Mais les dif­fé­rents inter­ve­nants n'en ont pas moins montré comment l'un ou l'autre des Pères envi­sa­geait la beauté, ce qui occupera deux numéros de notre revue. Ces ren­contres de patris­tique ont été mar­quées par la dis­pa­rition brutale de Jean-??Pierre Weiss, qui y est venu depuis leur création et qui donnait tou­jours de la saveur à ses confé­rences, sans oublier l'humour. Cette année, il est venu à Car­cas­sonne, mais il a été ter­rassé avant de pouvoir pro­noncer sa confé­rence : « La beauté dans les Confes­sions de S. Augustin ». Il est parti rejoindre la beauté éter­nelle de la Trinité, dont il pourrait parler mieux que nous. François Hem lui consacre un ln memoriam à la page suivante.
 
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