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UNE OEUVRE MAGISTRALE NOURRIE D'ÉMOTION ET DE TENDRESSE.
Cet album entre ombre et lumière explore une fois encore un univers musical très personnel bâti en presque un demi-siècle.
Le neuvième album de Jean-Philippe Goude sortira quinze ans après Aux Solitudes . La musique de Jean-Philippe Goude, longtemps purement instrumentale, est familiere a bien des oreilles pour avoir été la source de génériques pour de nombreuses productions ou bien avoir constitué, en radio surtout, une sorte de signature musicale pour maints réalisateurs désireux de traduire telle atmosphère discrètement rêveuse ou telle ambiance inquiète au coeur de la nuit. ... Le Salon noir marque une nouvelle étape dans l'oeuvre de Jean-Philippe Goude : cet album scelle l'aboutissement d'une rencontre avec une voix, celle du contre-ténor Paulin Bündgen. La tessiture du contre-ténor intéresse depuis longtemps le compositeur, qui travailla jadis avec Gerard Lesne, et Le Salon noir succède à une commande passée il y a sept ans par Paulin Bündgen pour son propre ensemble. Il y a donc cette forme d'aboutissement qui donne à la voix et au texte une place jusqu'alors inouïe dans le travail de Jean-Philippe Goude, qui revisite néanmoins au long des dix-neuf plages du Salon noir l'univers musical qu'il construit depuis la parution de l'album De Anima en 1992. On ne trouvera pas ici seulement une référence a la Préhistoire et aux grottes ornées (le Salon noir est en effet la pièce maîtresse, si j'ose dire, de la Grotte de Niaux, ce joyau de l'art pariétal orne il y a 13000 ans) : dans une continuité remarquable de cohérence, avec profondeur et gravite, le compositeur explore ses propres ténèbres, sans jamais oublier cependant l'éclat de la lumière qui continue a le guider dans son chemin de création. Son inspiration d'une étonnante liberté en réfère aux diverses factures de sa musique, dirons-nous en empruntant au vocabulaire de la peinture. Démarche ouverte où tous les sentiments s'expriment, se bousculent au fil des plages, dans un même mouvement parfois la joie se mêle à la rage, la tristesse a l'espoir - on y reviendra. Les musiciens ici conviés interprètent la bande-son de l'époque - mais une époque, le titre de l'album nous le rappelle ou nous l'apprend, qui remonte à cent trente siècles. Car le Salon noir, lieu métapho-rique par excellence, est aussi ce salon de musique imaginaire, cet atelier aux dimensions d'un cerveau où s'interprète la musique d'une époque bien sombre elle aussi. Tous les fondamentaux de la musique de Jean-Philippe Goude se retrouvent exposes ici, répétons-le, exprimes à travers une expérience nouvelle. L'élégance souriante comme la tonalité élégiaque de ses premiers albums sont toujours présentes, mais d'autres manières se partagent également la matière du Salon noir. [...] Avec son titre invitant a un saut dans le temps - celui d'une Préhistoire largement rêvée, cet album entre ombre et lumière explore une fois encore un univers musical très personnel bâti en presque un demi-siècle. Subsiste, intacte, plus que jamais posée à nos jours, à nos vies, à notre être, la question de la beauté et de la place qu'on lui accorde. Jean-Philippe Goude interroge aussi, avec une modestie qui n'est pas feinte, notre capacite a écouter autre chose dans une société gavée d'individualisme, mais plus que jamais soumise au diktat du marché. Les musiques du Salon noir se situent, alors, comme toute son oeuvre, dans l'ordre de l'inclassable. Ressembler ou rassembler ? L'identité de Jean-Philippe Goude est d'être identique à lui-même. Nous voici a notre tour sur la piste, oui, à nous de nous lancer maintenant sur les pistes de cet album. Au soir venu, nous reviendrons dans un profond silence. --- Robert Briatte ---.