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L'histoire de Shakuntala telle que la raconte Kalidasa, le grand poète indien du Ier siècle avant notre ère, est l'histoire d'une transformation. À travers des épreuves douloureuses, deux personnages grandissent. L'amour, né au paradis de l'enfance et de l'innocence, ces deux personnages le retrouveront transmué, élargi magnifiquement, dans un autre paradis que l'on pourrait qualifier de divin. À cet égard, il faut noter le parallèle entre les deux «voyages» du roi car, de même qu'il y a dans l'histoire deux chariots, celui du royaume terrestre et celui du royaume divin, il y a deux «passages» bien distincts: le premier, à travers la forêt, fait pénétrer le roi dans un monde de pureté merveilleuse; le second, à travers le ciel, l'amène dans un univers de lumière. De l'union des deux naîtra Bharat, le «Soutien» du monde, le roi qui a donné son nom à l'Inde, c'est-à-dire Bhârat. Tout amoureux de l'Inde, pensons-nous, aimera l'idée que cette histoire de Shakuntala, imprégnée d'une beauté et d'une lumière magique, est à l'origine du nom de ce pays. Pour introduire en quelques mots l'oeuvre de Kalidasa, qu'il nous suffise de reproduire ici ce que Sri Aurobindo écrivait à propos du génie créateur du poète: «Les délices de l'oeil, les plaisirs de l'oreille, de l'odorat, du palais, du toucher, la jouissance de l'imagination et du goût sont la texture de sa création poétique, et avec cela il a produit des merveilles d'émotion et d'idéalité intellectuelle ou esthétique.Ses oeuvres ont pour toile de fond un paradis universel de belles choses. Tout y obéit à une loi de grâce terrestre.La moralité devient esthétique.L'intellect est imprégné du sens de la beauté et se laisse gouverner par celui-ci. Et pourtant cette poésie ne nage pas dans la langueur.Ce n'est pas-comme la poésie des sens a tendance à l'être-une oeuvre sirupeuse que la débauche alourdit, avec un excès de mèches bouclées et de battements de paupières.Kalidasa échappe à cela par la chasteté de son style, l'énergie et la précision de sa phrase et sa vigilance artistique toujours en éveil.»