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Pendant quatre ans, au début des années 2000, William Cashion et Bruce Willen ont créé une musique instrumentale d'une beauté discrète, à partir de deux guitares entrelacées, de quelques synthétiseurs modestes et d'une multitude d'instruments percussifs et bruyants, comme des talkies-walkies ou les cloches qui ont donné leur nom au duo. Cet enregistrement live de 2016 provient de l'avant-dernier concert du groupe, du moins pour l'instant, donné dans un espace géré par des artistes appelé The Compound, dans leur ville natale de Baltimore. Peals est le projet de deux bassistes surtout connus pour leurs autres groupes énergiques et bruyants de Baltimore : Future Islands pour Cashion, Double Dagger pour Willen. Techniquement, Double Dagger - un trio post-punk absolument électrisant - s'était séparé juste au moment où Cashion et Willen commençaient à parler de faire de la musique ensemble, mais ce contexte n'a jamais vraiment eu d'importance. Peals a émergé à un moment inopportun pour ce genre de merveille instrumentale. Les explorations internationales bruyantes de groupes comme Yellow Swans, Growing et Fuck Buttons (tous des duos, rappelons-le) s'étaient largement estompées avant le premier concert de Peals en avril 2012. L'essor actuel de la musique New Age et ambient était encore balbutiant, ces termes suscitant encore un certain scepticisme chez les instances décisionnelles. La situation évoluait cependant progressivement lorsque Peals a présenté ce set en septembre 2016, alors que les États-Unis étaient, sans le savoir, au bord de bouleversements successifs qui allaient de plus en plus faire de ces sonorités une sorte de remède indispensable. Ainsi, en vous écrivant depuis 2026, cet enregistrement ne semble absolument pas démodé, comme un joyau méconnu simplement englouti par son époque. Il sonne pertinent, accueillant, tout simplement. Ces 38 minutes d'une fluidité parfaite ont des prédécesseurs évidents : E2-E4 de Manuel Göttsching, Cluster et les incursions d'Eno à Cologne, la manière dont l'emo du Midwest pouvait paraître plus intelligent que ses paroles ne le laissaient paraître. J'y perçois aussi des bribes de vieux negro spirituals et de musique de banjo des Appalaches, nichées au coeur des guitares. Mais la manière dont Cashion et Willen ont tissé le tout s'affranchit de toute convention musicale, si bien que des passages d'une grande douceur côtoient des passages d'une violence joyeuse, si bien que la ligne de saxophone qui offre ici un dénouement inattendu semble naître d'une symphonie de guitares bavardes. C'est une musique qui invite à l'exploration, à la contemplation.