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Entre 1939 et 1975, alors que la didacture espagnole confine les femmes à la sphère privée du foyer, plusieurs écrivaines espagnoles trouvent, dans l’écriture comme moyen d’expression, une voie pour trouver leurs voix. Il en ressort un phénomène commun à plusieurs romans de cette période, tous écrits par des femmes : la construction d’une narratrice dont la parole évolue d’un balbutiement jusqu’à sa voix propre, une voix à soi.
Alors qu’elles écrivent dans le contexte répressif de la dictature du général Franco, qui a sévi en Espagne entre 1939 et 1975, trois écrivaines espagnoles rompent le silence qui leur est imposé en construisant des narratrices qui apprennent à s’exprimer. Cet ouvrage se propose d’étudier ces figures et de montrer comment, en se présentant d’abord comme des narratrices incomplètes, incapables de mener à bien leur récit, elles réussissent finalement à s’exprimer au fur et à mesure qu’elles se forment en tant que personnages féminins.
Pour observer cette construction narrative et montrer le rôle de l’intertextualité dans ce processus de formation, l’étude se concentre sur un corpus de six œuvres : Memorias de Leticia Valle (1945) de Rosa Chacel, Tristura (1960) et Escribo tu nombre (1965) d’Elena Quiroga, et la trilogie Los mercaderes (1960-1969) d’Ana María Matute.