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Il existe une figure du délinquant. Au XXe siècle des auteurs comme Jean Genet ou Michel Foucault ont largement contribué à la construire. L’équivalent au féminin n’existe pas. Aucune image n’est venue pallier l’absence de cette figure. Or, entre 1929 et 1931, Henri Manuel, photographe du monde du théâtre et de la mode, portraitiste officiel de personnalités politiques, réalise à la demande du ministère de la Justice un reportage sur l’administration pénitentiaire; une partie de ce fonds, pour l’essentiel inédit, est consacré aux établissements publics laïcs pour mineures, auxquels l’administration a donné le nom significatif d’"écoles de préservation pour les jeunes filles".
Au travers de ces images fascinantes – entre réel et propagande – Vagabondes révèle pour la première fois le visage de ces jeunes filles et ces lieux où elles furent détenues après avoir été arrêtées, emprisonnées et jugées "sans discernement" pour des motifs dont le principal, celui de vagabondage, ne dissimule qu’à grand peine le spectre de la prostitution.
À ces images, que la commande a voulu rassurantes quant au relèvement des filles par la rééducation, Vagabondes associe des documents d’archives qui explicitent la violence et le contrôle auxquels elles étaient soumises et l’insoumission que leur inspiraient la vie même et le sentiment de l’injustice – tout en démystifiant la vision commune de l’institution comme un lieu de pouvoir homogène et efficace.
Sophie Mendelsohn replace le reportage du studio Manuel dans le contexte historique de l’époque, en insistant sur l’affolement de l’institution et ses aberrations face au danger suscité par la sexualité féminine.