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Cet enregistrement des 4 Saisons par Itzhak Perlman, l'un des plus grands violonistes de tous les temps, est une référence absolue que tout discophile doit posséder, et que Warner réédite ici en format vinyle. Perlman y déploie un jeu d'une richesse et d'une variété infinies, dirigeant lui-même le London Philharmonic Orchestra depuis son violon.
Qui pourrait imaginer aujourd'hui que les Quatre Saisons de Vivaldi, l'une des oeuvres classiques les plus populaires au monde, n'aient connu leur premier enregistrement commercial qu'en 1947 ? Et qui se souvient que l'on doit cette gravure pionnière (sous le label Concert Hall) au violoniste américain Louis Kaufman (1905-1994) qui exhuma pour la première fois l'intégralité d'Il Cimento dell'Armonia e dell'Inventione, l'ensemble de douze concertos pour violon dont elles forment les quatre premiers volets ? Depuis Kaufman, innombrables sont les violonistes qui ont laissé leur empreinte sur ce chef-d'oeuvre de la littérature baroque italienne, en développant, selon les courants et les modes du moment, des trésors d'invention. Itzhak Perlman y reviendra même par deux fois, la première en 1976 dirigeant ici de l'archet le London Philharmonic Orchestra, la seconde sept ans plus tard entouré des membres de l'Orchestre Phliharmonique d'Israël.
On a tout dit, tout écrit sur ces quatre concertos, dont les thèmes, qui ont envahi jusqu'aux lieux publics, sont sur toutes les lèvres. Mais il n'en reste pas moins que, génération après génération, les virtuoses du monde entier continuent d'en fouiller le miracle de la substance poétique et harmonique.
Techniquement très exigeants, ils mettent brillamment en valeur non seulement les qualités instrumentales du soliste, mais aussi son goût, comme celui de l'ensemble qui l'accompagne, pour les couleurs et pour la pulsation. Car rarement une oeuvre écrite a laissé plus de liberté d'expression à ses serviteurs. Il ne faut pas oublier que les compositeurs baroques utilisaient souvent une sorte de sténographie que les musiciens de l'époque comprenanient, et qu'ils attendaient de leurs interprètes qu'ils ajoutent tout naturellement aux notes imprimées des improvisations et des ornementations personnelles. Comme toujours, c'est l'acteur qui donne vie à la page imprimée, qu'il s'agisse d'une pièce de Shakespeare ou d'un concerto de Vivaldi.
Depuis ce premier enregistrement de Perlman, de conception certes très classique, les violonistes, rivalisant d'audace, ont cherché à interpréter ces oeuvres de façon de plus en plus théâtrale, comme ils supposaient qu'elles le furent à Venise, Vienne ou Prague au XVIIIè siècle. Il n'en reste pas moins que les visions classiques gardent toute leur place dans l'histoire de la compréhension de ces quatre concertos " à programme". Dans l'édition originale publiée en 1725 à Amsterdam, qui fut dédiée au comte von Morzin, chaque Saison est en effet précédée d'un sonnet explicatif en langue italienne - dont l'auteur, inconnu, pourrait être le compositeur lui-même - avec renvoi aux parties correspondantes de la musique. Vivaldi utilisa les instruments à cordes avec une invention et une ingéniosité sans limites pour dépeindre tantôt les éclairs et le tonnerre, ailleurs la grêle, les grelottements de froid ou encore le chant du coucou. Un véritable récit sonore au cours duquel les tableaux de Brueghel surgissent devant nos yeux.