Led Zeppelin IV - Led Zeppelin

Connaissez-vous vraiment l’histoire de Led Zeppelin IV de Led Zeppelin ?

Le 8 novembre 1971, Led Zeppelin publie son quatrième album. Un disque sans titre officiel, sans nom du groupe sur la pochette, sans explication. Une œuvre mystérieuse, brute et ambitieuse, que le public appellera simplement Led Zeppelin IV, Four Symbols ou encore Zoso. Plus de cinquante ans après sa sortie, ce monument du hard rock continue de résonner avec une puissance intacte.

Le saviez vous ?

Au début des années 70, Led Zeppelin est déjà gigantesque. Les deux premiers albums ont imposé un son lourd et novateur, entre blues électrique et hard rock naissant. Mais en 1970, Led Zeppelin III surprend par ses influences folk et acoustiques. Une partie de la presse musicale, notamment certains critiques de Rolling Stone, accueille froidement ce virage artistique.

Pour Jimmy Page, ces critiques sont injustes. Le guitariste décide alors de répondre par le silence : aucun titre, aucune photo du groupe, aucune interview pendant près de 18 mois.

L’idée est simple : laisser parler uniquement la musique.

Le manager Peter Grant conseille alors au groupe de ralentir les tournées pour se concentrer sur un nouvel album. Le quatuor s’installe à Headley Grange, un vieux manoir isolé du Hampshire, ancien hospice délabré réputé hanté. L’endroit est froid, humide, spartiate. Mais son acoustique naturelle va devenir essentielle dans la création du disque.

C’est là que naît le son colossal de l’album.

Jimmy Page expérimente sans relâche : il place la batterie de John Bonham dans une cage d’escalier en pierre, suspend des micros au plafond et capture une réverbération monumentale. Le résultat sur “When the Levee Breaks” deviendra l’un des sons de batterie les plus mythiques de l’histoire du rock.

Pourtant, les sessions ne sont pas simples. De retour à Londres, le groupe découvre qu’une partie des bandes enregistrées est détériorée. Plusieurs morceaux devront être retravaillés aux studios Island. Malgré ces difficultés, l’atmosphère isolée de Headley Grange marquera profondément l’identité du disque.

L’univers de l’album : mysticisme, symboles et dualité

Dès sa pochette, Led Zeppelin IV intrigue. Aucun titre. Aucun logo. Seulement l’image d’un vieillard courbé sous un fagot de bois, accroché sur un mur décrépit. L’objet qui atterrit dans les bacs des disquaires en 1971 est d’une étrangeté rare pour l’époque.

Lorsqu’on ouvre la pochette, le mur délabré laisse apparaître une ville moderne en arrière-plan. Une opposition voulue par Jimmy Page pour symboliser les deux mondes entre lesquels l’album a été conçu : l’isolement rural et la violence électrique du rock contemporain.

À l’intérieur, un dessin en noir et blanc représente l’Ermite, figure issue du Tarot Rider-Waite. Une lanterne à la main, ce personnage symbolise la sagesse, l’introspection et la lumière dans les périodes de transition. Une image qui reflète parfaitement l’état du groupe à cette période charnière.

Le disque lui-même affiche quatre symboles mystérieux, un pour chaque membre :

  • la plume de Robert Plant ;

  • les trois vesica piscis de John Paul Jones ; 

  • les anneaux entrelacés de John Bonham ;

  • et le célèbre symbole de Jimmy Page, souvent appelé “Zoso”.

Ce dernier nourrit toutes les spéculations. Passionné d’ésotérisme, Page s’intéresse aux écrits de Aleister Crowley et du peintre occultiste Austin Osman Spare. L’univers visuel du disque mélange ainsi occultisme, mysticisme et symbolisme ancien.

Cette imagerie nébuleuse contribuera largement à construire la légende de l’album. Sans véritable explication officielle, les symboles deviennent un terrain de fantasmes pour les fans, renforçant encore davantage l’aura mystérieuse du groupe. 

Un album entouré de mystère

Musicalement, Led Zeppelin IV pousse à son maximum toutes les facettes du groupe.

L’album s’ouvre avec “Black Dog”, morceau construit autour d’un riff labyrinthique imaginé par John Paul Jones après avoir écouté Electric Mud de Muddy Waters. Son nom viendrait d’un chien noir errant qui rôdait autour de Headley Grange pendant les sessions d’enregistrement.

Avec “The Battle of Evermore”, Led Zeppelin plonge dans une ambiance médiévale et fantastique inspirée par l’univers de The Lord of the Rings. Grand admirateur de J. R. R. Tolkien, Robert Plant dissémine régulièrement des références à la Terre du Milieu dans les chansons du groupe, notamment dans “Ramble On” ou “Over the Hills and Far Away”. 

Le morceau accueille également Sandy Denny, chanteuse du groupe folk Fairport Convention. Sa voix aérienne répond à celle de Plant dans un dialogue presque spectral. Elle reste d’ailleurs la seule artiste invitée à apparaître sur un album studio de Led Zeppelin. Le groupe lui attribue même un symbole personnel dans le livret intérieur : trois triangles inversés se rejoignant en un point.

Au centre de l’album trône évidemment “Stairway to Heaven”.

D’abord accueillie avec perplexité en concert, la chanson deviendra l’un des morceaux les plus célèbres de tous les temps.

Construite comme une ascension progressive introduction folk, montée électrique puis explosion finale elle résume à elle seule toute l’identité de Led Zeppelin IV.

Le morceau alimentera aussi de nombreuses polémiques, notamment des accusations de plagiat autour du titre “Taurus” du groupe Spirit. Une affaire finalement rejetée par la justice américaine, les similitudes reposant essentiellement sur une progression harmonique très répandue dans la musique folk et baroque. 

Plusieurs éléments du morceau sont devenus mythiques. Contrairement à une idée longtemps relayée, l’introduction ne comporte pas de flûte à bec jouée par John Paul Jones, mais un Mellotron destiné à reproduire des textures orchestrales. Quant au célèbre solo final de Jimmy Page, il est enregistré sur sa légendaire Telecaster “Dragon”, et non sur une Les Paul. Sur scène, le guitariste utilisera ensuite sa célèbre Gibson SG double manche afin d’enchaîner les parties 6 et 12 cordes du morceau.

L’album se conclut avec “When the Levee Breaks”, adaptation d’un vieux blues de Memphis Minnie. Son rythme écrasant, ses harmonicas saturés et sa production gigantesque annoncent déjà le hard rock et le heavy metal des décennies suivantes.

Un album devenu légende

À sa sortie, Led Zeppelin IV fait l’effet d’une déflagration.

L’album devient rapidement le plus gros succès commercial du groupe et l’un des disques les plus vendus de l’histoire du rock.

Mais son importance dépasse largement les chiffres. Avec ce disque sans nom, Led Zeppelin impose une nouvelle vision du rock : plus libre, plus mystique, plus ambitieuse. Un album capable de mélanger blues, folk, ésotérisme et hard rock sans jamais perdre sa cohérence.

Plus de cinquante ans après sa sortie, Led Zeppelin IV reste une anomalie dans l’histoire du rock : un album sans titre officiel devenu l’un des disques les plus célèbres de tous les temps. Une œuvre où le folk médiéval côtoie le blues du Delta, où le mysticisme rencontre la violence du hard rock. Un disque pensé comme un refus des conventions et devenu, paradoxalement, une référence absolue.