descriptif du fournisseur
En faisant alterner deux narrations, le récit des événements de 1923 et le journal que tient une jeune femme plusieurs décennies après, Chaleur et Poussière offre le portrait, tout en demi-teinte, de deux héroïnes, qui trouvent en Inde de quoi nourrir leur passion de vivre. Une jeune femme arrive à Bombay attirée en Inde par l'histoire d'Olivia, la première épouse de son grand-père qui, en 1923, s'est enfuie pour rejoindre un prince indien, le Nawab - c'est-à-dire le gouverneur d'une province musulmane.
La voyageuse s'installe à Satipur où elle se lie avec la famille de son propriétaire, fonctionnaire exposée à la jalousie de ses collègues. Ce séjour a pour but l'enquête qu'elle veut mener autour d'Olivia mais, en observant le peuple indien, en vivant au jour le jour avec lui, en côtoyant les ascètes, en s'intéressant de près à chaque personne rencontrée sur son chemin, elle accomplira une sorte de voyage intérieur. Dans le miroir de l'Inde, c'est l'Occident et ses valeurs qu'elle interroge. Elle ne fait pas partie des blasés de l'Occident mais, plus que l'histoire familiale, c'est la soif d'un ailleurs non pittoresque qui la pousse vers ce pays qui se dévoile à elle. Elle tente de comprendre ce qui un demi-siècle auparavant a transformé Olivia, épouse rangée, en amante passionnée qui a défié les conventions. C'est à partir des lettres d'Olivia et des récits familiaux qu'elle recompose le puzzle de cette vie dont il ne reste que des cendres dispersées en Inde.
En 1923, Olivia est la femme de Douglas, administrateur dans la colonie anglaise. Elle se trouve depuis plusieurs mois à Satipur et commence à s'ennuyer, malgré les livres et le piano. Son mari, trop accaparé par son travail, la laisse livrée à elle-même. Cette monotonie est rompue par l'invitation, lancée par le Nawab, à dîner dans son palais. Elle n'éprouve peut-être pas encore de l'amour, mais elle est intriguée, fascinée. L'exotisme n'y a aucune part. C'est bien plutôt la rencontres de deux êtres qui voient dans leur complicité un signe du destin, même si le Nawab est marié. L'atmosphère qui les entoure contribue à envelopper de mystère leurs entrevues : Olivia voit le Nawab frayer avec les dacoïts, les bandits qui sèment la terreur, elle assiste à la tentative que fait son mari pour sauver les satîs, les veuves forcées de se brûler avec leurs défunts maris sur le bûcher. Et puis il y a le climat de l'Inde, les orages de poussière, les vents brûlants qui répandent des colonnes de sable du désert sur la ville, l'air qui est si suffocant que tout le monde en devient fou. Olivia finira, après une fausse couche, par se réfugier au palais du Nawab, décidée à braver tous les interdits.
Au-delà de l'histoire d'une passion, c'est aussi à une recherche de la spiritualité que Ruth Prawer Jhabvala, par petites touches intimistes, nous invite. Elle a le regard à la fois perspicace et empathique de qui connaît trop bien l'Inde pour s'abandonner au tourisme littéraire. Si son livre captive, ce n'est pas tant parce qu'il nous transporte dans d'étranges contrées, mais parce que le passé et le présent s'y mêlent inextricablement et les deux femmes, appartenant à deux générations différentes, semblent toutes deux nous murmurer leur même secret.
Ruth Prawer Jhabvala avoue une prédilection pour Henry James et pour E.M. Forster. C'est aussi à Paul Bowles qu'on songe en la lisant. On ne s'étonnera pas que James Ivory ait porté à l'écran ce roman si singulier et que son auteur soit devenue le scénariste de plusieurs de ses films.