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L'idée d’une création ex nihilo, envisagée à titre de supposition par la pensée grecque, a été aussitôt rejetée comme pure absurdité. Cette condamnation, explicitement soutenue dès Parménide, vise-t-elle le grand mythe cosmogonique de référence qui, chez Hésiode, fait « naître » en premier Chaos? Brise-t-elle une réception du monde entre un muthos et un logos?
Cet essai veut démontrer qu’il n’en est rien, à condition de bien entendre le mythe qui n’enregistre pas une naissance ponctuelle à partir du néant, mais décrit un processus toujours reproduit: le retrait incessant de l’infigurable (seule définition possible de Chaos) pour laisser advenir ce qui n’est pas lui, à savoir un monde en train de se configurer… sans cesse. Alors que le muthos traque « ce sans quoi » les choses peuvent apparaître, le logos définit « ce d’où » elles adviennent et retournent.
Les Anciens ont tracé deux itinéraires: celui qui débouche sur l’inhérence de « ce d’où » les choses proviennent et celui qui mène au dévoilement de « ce sans quoi » elles poussent. Le fameux antagonisme muthos-logos est à reconsidérer… à l’aune de l’éternité et de son étonnante condition originelle: l’infigurable Chaos dont l’incessant retrait offre au monde la condition de son discernement.
L’ouvrage invite à suivre ces cheminements parallèles d’une pensée qui se réfléchit dans son refus du néant.
Raymond Sorel est l’auteur d'articles et d’ouvrages sur la philosophie et la pensée religieuse grecques (Les Cosmogonies grecques, 1994 Orphée et l’orphisme, 1995) et d’un essai sur l’interprétation des mythes, Critique de la raison mythologique (2000).