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Montaigne vu comme le précurseur assumé de la décontraction postmoderne
« Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant, qu'à le manger mort, à déchirer par tourments et par gêne, un corps encore plein de sentiment... » Inspiré par l'Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, de Jean de Léry, la célèbre défense du cannibalisme par Montaigne concerne le peuple des Tupinamba du Brésil. Montaigne critique la notion de barbarie en tant qu'elle est toujours l'expression d'un point de vue ethnocentriste. Relève de la barbarie tout ce qui n'est pas de la culture à laquelle on appartient. Le barbare est toujours l'autre. C'est ainsi que manger le corps des ennemis, c'est manger à travers eux toute la lignée de leurs aïeux, c'est manger leur âme et tout ce qui fait leur être, leur passé et leur vie par-delà leur corps lui-même. Manger l'ennemi, c'est traverser son corps pour atteindre son esprit, et cela pour s'en repaître. Patrice Guillamaud tente de montrer, en se fondant sur l'eucharistie chrétienne, laquelle célèbre le fait même de manger Dieu à savoir le Christ incarné sous la forme du pain, que l'anthropophagie a une portée spirituelle. La défense du cannibalisme par l'humanisme de la Renaissance serait une anticipation de la déconstruction post-moderne et du wokisme comme déstabilisation des autorités culturelles et des acquis moraux de la civilisation occidentale.
 
Des cannibales

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Patrice Guillamaud

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