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Le 12 janvier 1934, le cadavre du journaliste André Aliker est retrouvé sur une plage de Case-Pilote (Martinique). Malgré l'émotion générale, l'instruction et le procès à venir laissent un goût amer – celui d'une justice à deux vitesses sur une île marquée par les inégalités coloniales et la domination des grandes familles békés.
Car personne n'ignore que le destin d'Aliker est lié à celui d'Eugène Aubéry, puissant industriel béké dont le journaliste, au mépris d'intimidations et de menaces à peine voilées, a dénoncé les agissements en matière de fraude fiscale. Pourtant, Aubéry – inexplicablement blanchi des accusations de corruption et fraude – sera le grand absent du procès Aliker. Quelques mois plus tard, voulant venger son frère de ce déni de justice, Marcel Aliker sera inculpé pour tentative de meurtre sur la personne d'Aubéry.
Aubéry blanchi, l'assassinat d'André impuni, Marcel acquitté : en articulant ces trois affaires, Marc Hédrich met en lumière les mécanismes d'un système colonial au sein duquel la justice, sous la coupe du gouverneur, ferme les yeux sur la corruption des magistrats, laisse impunis les nantis et n'hésite pas à dépayser en métropole les affaires les plus encombrantes.
Au-delà du fiasco judiciaire, la mort d'André Aliker, le " Jaurès " martiniquais, est l'épisode le plus tragique d'un drame en trois actes, irrigué des fortes tensions liées au colonialisme dans les années 1930 – peut-être l'une des pages les moins reluisantes de la justice française.