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L’organe en question dans le titre est la thyroïde de l’auteur atteint d’une maladie auto-immune. À partir de l’étymologie du terme thyroïde, laquelle engage l’idée de porte, l’ouvrage embrasse la notion de seuil ou, plus exactement, l’exploration des zones transitionnelles et les transformations qui leur sont associées.
Le livre lui-même est identifié à l’organe de la thyroïde. Il est pensé et réalisé comme un organisme : ensemble d’éléments hétérogènes organisé pour former un tout cohérent – même si déconcertant. Ce corps est orienté par l’effort hospitalier : accueillir différents énoncés, figures, instances, lieux au contact desquels engager la découverte des zones transitionnelles. Ces objets, qui dessinent un essaim thématique abondant, sont, entre autres : la mort de l’être aimé, la maladie, les textes de loi, un traité médical, la rencontre amoureuse, la ville d’Istanbul (La Sublime porte), une photo, une date, la littérature, la poésie, l’Arcadie, l’enfer, le monde prosaïque…
Selon la logique organique qui oriente la multiplicité de ses contenus, L’Organe hospitalier implique différentes formes : vers libres de diverses natures, proses, citations. Cette succession de formes manifeste une progression du livre, comme si le texte, devenu personnage, poursuivait lui-même une transformation. Au fil des pages, le texte semble verser dans des personnages allégoriques, lesquels chuteront dans le monde contemporain. À chaque étape, une forme différente.
La trajectoire du livre comporte donc un chassé-croisé incessant entre la forme et les contenus. Une progression est identifiable. Elle correspondrait à une sortie de la poésie, laquelle permettrait une entrée dans le monde. Cette entrée dans le monde serait l’occasion de ressaisir le poème, le travail du poème, en lien avec les préoccupations communes des femmes et des hommes impliqués dans leur époque.
L’Organe hospitalier embrasse donc un espace que l’on pourrait identifier comme celui d’une affirmation : la maladie, la mort de l’être aimée sont des opportunités d’adhérer au réel commun par le travail du poème.