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Saviez-vous que le meilleur orchestre de jazz allemand sous le Troisième Reich était une création de Goebbels ? Que le Concert du nouvel an du Philharmonique de Vienne, lancé en 1939, était à l'origine une opération de propagande et de bienfaisance pour les œuvres nazies ? Que des SS faisaient jouer du swing à Auschwitz ? Que paradoxalement, la musique de film de l'âge d'or hollywoodien sonnerait différemment sans la politique culturelle nationale-socialiste ?
Dans cet ouvrage original, l'auteure revisite la bande-son du Troisième Reich, un régime qui, plus encore que les autres totalitarismes du XXe siècle, mit la musique au centre de son fonctionnement. Rien d'étonnant, quand on sait qu'Hitler était un inconditionnel de Wagner. Les nazis firent chanter les Allemands dans tous les sens du terme, instrumentalisant partitions, compositeurs, orchestres, chefs et interprètes. Dans leur stratégie de conquête, puis de stabilisation des masses, ils s'approprièrent le génie musical allemand, effaçant au passage les Juifs, mais aussi certains genres honnis. L'atonalité ? Une abomination. Le jazz ? Dégénéré. Sauf lorsqu'il s'agissait de séduire l'ennemi et de remonter le moral des troupes ou de l'arrière ! Même leur entreprise d'anéantissement fut littéralement orchestrée avec tambours et trompettes et dans les camps de concentration et d'extermination, on sortit les violons pour organiser la destruction de millions de personnes, récupérant au passage des rythmes et des artistes interdits.À vrai dire, ce n'est pas la moindre des ambivalences de la politique musicale nationale-socialiste. Ce livre n'oublie pas l'une des principales conséquences de l'épuration musicale pratiquée dans les premières années du régime, à savoir le plus grand transfert de talents et de pourvoyeurs de divertissement jamais réalisé entre les deux rives de l'Atlantique.
Après avoir infiltré le star system du Hollywood nazi dans
Les actrices du Troisième Reich
, Isabelle Mity poursuit son exploration des politiques culturelles nationales-socialistes en étudiant le monde de la musique et des musiciens sous la baguette hitlérienne.
Un ouvrage pour les mélomanes comme pour les profanes, qui allie la rigueur de l'analyse historique à la fluidité du récit.