descriptif du fournisseur
Le 16 mars 1978, les Brigades rouges enlèvent le président de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro. Le 15 avril, les terroristes annoncent la condamnation à mort de leur otage au terme d'un « procès ». Le 9 mai, alors que l'Italie est figée dans l'angoisse depuis 55 jours, son corps est retrouvé dans le coffre d'une 4L.
La mort d'Aldo Moro a provoqué un traumatisme dont l'Italie, et tous les démocrates sincères, ne se sont jamais remis. Né en 1916, éminent professeur de droit, Moro avait participé à la formation de la DC et à la création de la République italienne, plusieurs fois ministre et président du Conseil, secrétaire puis président de la DC, il venait d'imposer, contre la droite de son parti, un « compromis historique » avec les communistes.
L'inhumanité aveugle des terroristes, le peu d'efforts du gouvernement italien (dominé par ses opposants au sein du parti), le rôle trouble des services secrets et de la mafia ont suscité l'indignation et le trouble, dont le grand écrivain Leonardo Sciascia s'est fait le porte-parole.
Pendant ces 55 jours, Aldo Moro écrit. À sa famille, à ses amis, à ses camarades de parti et à ses collègues, jusqu'au pape Paul VI. Il rédige également un Mémoire destiné à sa défense dans son « procès » par les Brigades rouges. Ces 95 lettres et ce Mémoire sont édités ici. Certaines sont parvenues à leurs destinataires, d'autres ont été retrouvées lors d'une perquisition aux conditions douteuses en 1978, d'autres enfin ont émergé dans une cache des Brigades en 1990.
Condamné à mort, écrivant sous la surveillance de ses ravisseurs, Moro demeure un humaniste et un politique. Humaniste dans la langue, d'une tenue exemplaire. Humaniste dans ses lettres d'époux, de père, de grand-père, où se révèle le chrétien, le stoïcien et tout simplement, l'homme aimant. Politique lorsqu'il s'adresse à ses pairs, appelant à un échange de prisonniers, évoquant le réseau Gladio et la loge P2 qui minent alors la DC, dénonçant, pour finir, l'indifférence de ses collègues : « Mon sang retombera sur vos têtes. Que la sentence soit appliquée dépendra de vous. Si la pitié l'emporte, le pays n'est pas perdu. »