Mourir ne me suffit pas
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« Est-ce donc un Memento mori que nous font entendre ces poèmes, nous rappelant l'aveltissement des cadrans solaires, Ultima lIecat, dans notre « âge écrallique » (<< Descente») ? On ne pourrait tirer du recueil cette leçon qu'en oubliant le tih'e provocateur: 1Iourir ne me suffit pas. Non, le désir humain ne se satisfait pas du temps, et l'impatience de Pascal Boulanger qui l'abrège va aussi au-delà de son terme. D'ailleurs, dès ce temps, des « traces}) légères remontent vers la vie:
Ni regards ni sourires ni âmes ni les vents qui déclùrent les vagues ne s'anéantissent dans la mort La beauté vaincue n'en finit pas de triompher sur 111erbe des prairies sur la poitrine douce des femmes (v La trace ») « La trace est la présence même », dit magnifiquement le poète : présence d'un signe laissé par ce qui passe. Ce signe est discret, tacite souvent; il attend que nous le relevions dans notre langage car « La parole n'est donnée 1 que pour entendre ce qui est tu. » (<< Les cheveux déployés »). Pour reconnaître ces « traces », Pascal Boulanger a souvent recours au vocabulaire et aux symboles de l'Ancien ou du Nouveau Testament: on trouve dans le recueil des allusions au serpent de bronze dont la vue guérit les morsmes (<< Indemne»), au messie qui entre par la petite porte (<< Poussière»). « Le lion qui mange de la paille Ile nourrisson qui s'ébroue 1 sur l'antre de la vipère » (<< Les enfants de Jacob» ) est une traduction savoureuse d'Isaïe; les (' trente pièces d'argent» sont une référence à la trahison de Judas; « Ils jouent la tunique alLX dés» renvoie à la scène de la crucifixion (<< Les douze pierres )l), etc. Mais ce qui émeut dans ces citations rapides, c'est qu'elles ne surplombent pas l'expérience. Les s)'ïuboles qu'elles mettent en oeuvre sont livrés au désordre du monde, rongés par nos doutes: « la Croix fait-elle de celui qui la pOIte 1 un vivant? 1 Celtains joms, la mer des joncs ne s'ouvre plus )l (<< Les murs »). « Le poisson qui vomit Jonas sm le rivage 1 baigne dans son sang » (<< Smvivance ») et « L'agneau pOltem de croix [est] jeté 1 panlli les loups » (<< Les beaux jours " )' Néanmoins, à travers ces signes parfois submergés, quelque chose nous parle qui éloigne la 1ll0lt » Jean-Pierre LEMAIRE
 
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