Revue de la Bibliothèque Nationale de France n.35 : la prison par écrits

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Revue de la Bibliothque nationale de France
no 35 - 2010

20 27 cm, broch, 96 pages, environ 50 illustrations
Cahier 16 pages couleurs
Prix au numro : 19
Abonnement : 45
ISBN 978-2-7177-2450-9
SOMMAIRE
Explication d'une uvre
Jules Csar couronn ds 48 avant J.-C. ?
Guy Weill Goudchaux
Confrence
La numrisation, Google, et l'avenir des bibliothques
Robert Darnton
Un conservateur, des collections
Frdric Martin. Conservateur de bibliothque numrique Propos recueillis par Marie de Laubier
Regard sur les collections
Une piscine pour le chteau de Maisons ?
tude sur un dessin et une gravure de Jean Marot
Kristina Deutsch
propos de la bibliothque. Nouvelles parutions (2009)
Enrichissements du dpartement des Manuscrits. 2007-2009

DOSSIER " La prison par crits "
Introduction
Michle Sacquin
La posie captive au fil des manuscrits Michle Sacquin
Les prisons libres et closes de Jean-Baptiste Piranse
Maxime Praud
Lettres d'amour, lettres de combat. Sophie de Monnier Mirabeau (1775-1789) Michel Delon
Un gelier rformateur. Du Puget,
lieutenant de roi de la Bastille Danile Muzerelle
Les prisons du capitaine Dreyfus Mauricette Berne
David Rousset (1912-1997). L'exprience concentrationnaire Michle Le Pavec
criture et prison. Regards croiss. Entretien avec Philippe Zoummeroff et Florence Aubenas Propos recueillis par Michle Sacquin
Autour d'un atelier d'criture, la BNF et la prison
de la Sant Sylvie Dreyfus et Catherine Lamarre
Le thme de ce dossier n'tonnera gure qui a dj song que les bibliothques ressemblent des prisons pour livres qui auraient bien tourn : le libre accs a remplac, parfois, les armoires grillages qui avaient succd aux manuscrits enchans du Moyen ge et les magasiniers ne portent plus l'uniforme ; seul le catalogue demeure, tel un registre d'crou, plus impitoyablement prcis que jamais grce l'informatique. Ce dossier s'ouvre avec Piranse dont les gravures ont nourri, jusqu'au XIXe sicle au moins, l'imaginaire carcral. Cite par Maxime Praud, l'inscription " ad terrorem crescentis audaciae ", qui figure sur l'une d'elles, anticipe sur la ralit. En effet, la prison d'Ancien Rgime n'a pas, comme celle d'aujourd'hui, une fonction pnale : elle permet de s'assurer de la personne d'un accus durant l'instruction de son procs dont l'issue sera l'acquittement, les galres, le supplice ou la mort. Cependant, elle est aussi le lieu de l'enfermement de certaines catgories : malades, fous, mendiants, prostitues, enfants de bonne famille dvoys. La pratique des lettres de cachet dont furent victimes, ct de beaucoup d'anonymes, des figures clbres - Voltaire, Diderot, Sade... - fit de la Bastille l'emblme redoutable de l'arbitraire royal : Danielle Muzerelle nous prsente le point de vue indit d'un gelier d'exception.
L'origine de la prison moderne est chercher du ct de la prison inquisitoriale ou des lieux de rtention disciplinaire des structures conventuelles. En France, o l'Inquisition n'eut jamais cours, les femmes furent les premires victimes de ces prisons dguises, telle la matresse de Mirabeau, Sophie de Monnier, dont Michel Delon analyse les lettres conserves au dpartement des Manuscrits.
de rares exemples prs, comme Campanella condamn la rclusion vie, le prisonnier n'est donc qu'un accus. Dans cette perspective, l'criture qui n'est pas une criture de repentance est lgitime et ncessaire pour clamer son innocence ou solliciter des soutiens. En outre, du fait de l'arbitraire de l'emprisonnement et de l'opacit du systme judiciaire, la prison est une exprience que chacun est susceptible de vivre et n'a pas de caractre infamant. D'o la popularit des rcits d'vasion au xviiie sicle, ceux de Latude, de l'abb de Bucquoy ou de Casanova dont le manuscrit de l'Histoire de ma vie vient de rejoindre nos collections. Cet engouement se lit encore au sicle suivant dans les romans d'Alexandre Dumas (Le Comte de Monte-Cristo, 1844), de Jules Verne (Mathias Sandorf, 1885) ou de Robert Louis Stevenson (Saint Ives, 1897). Ds la fin des Lumires, la vogue des romans gothiques et historiques permet de multiplier les descriptions de cachots cependant que le thtre et l'opra donnent voir de nombreux dcors de prisons piransiennes souhait. Longtemps aprs sa destruction, la Bastille, laquelle la BNF consacrera une exposition en octobre 2010 sur le site de l'Arsenal, demeure bien prsente dans les pages des romans succs, sous la plume des plus grands - Alexandre Dumas, mais aussi Charles Dickens qui, en 1859, en fait la premire hrone de son Tale of two cities - comme des plus modestes tels Petrus Borel ou Clmence Robert.
La prison a pourtant radicalement chang aprs la Rvolution : elle est devenue une peine, seule alternative la condamnation mort puisque les chtiments corporels ont t abolis. Entame au sicle des Lumires avec Cesare Beccaria et John Howard, la rflexion sur la priso
 
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