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Quand le luxe était pour tout le monde.
Et si, à l’origine, le luxe n’était pas réservé à une élite mais concernait le plus grand nombre ? C’est le parti pris d’Emma Carenini dans cet essai inattendu et virevoltant. Des thermes romains au mobilier haussmannien en passant par les jardins publics du XVIIe siècle, elle rappelle que le luxe a longtemps été perçu comme un bien commun essentiel, et même un levier du progrès matériel. Ce qui était un luxe hier (l’eau courante, l’électricité, le réfrigérateur, la voiture, etc.) est aujourd’hui devenu une norme et pour ainsi dire une habitude. L’autrice pointe ainsi la schizophrénie de notre époque : nous sommes les rentiers d’un luxe public hérité du passé, tout en créant des espaces publics qui en sont en fait l’antithèse. Il y a là des causes artistiques, comme l’abandon de l’ornement en architecture depuis le début du XXe siècle, mais aussi et surtout morales. Au fond, nous vivons une nouvelle incarnation de l’éternelle « querelle du luxe », entre ceux qui y voient un moteur de l’histoire, comme Voltaire, et les pourfendeurs d’un luxe corrupteur, à l’instar de Rousseau. En proposant cette approche renouvelée, à la croisée de la philosophie, de l’histoire des idées et de l’histoire de l’art, Emma Carenini veut faire du partage de la beauté un enjeu politique et social.