Avez-vous des souvenirs de lecture à voix haute dans votre propre enfance ?
J’ai beaucoup de souvenirs de lecture à voix haute, et notamment des souvenirs autour de la BD. Mon père nous mettait sur ses genoux pour nous lire des BD comme Tintin, en faisant des voix. Il nous lisait surtout des albums, des BD, des livres illustrés. On n’a pas vraiment continué à lire à voix haute quand j’ai su lire des romans. Ce n’était pas trop dans l’air du temps à l’époque. Je pense que maintenant ça l’est bien davantage et plein de parents continuent de lire à voix haute à leurs enfants au-delà de l’âge de l’apprentissage de la lecture.
Quel regard portez-vous sur la lecture à voix haute comme vecteur du plaisir de lire chez les enfants ?
La lecture à voix haute ça permet un plaisir qui est connecté du fait de la relation qui s’établit. Le souvenir de lecture va être ancré dans une relation, un lieu, une sensation, une température… et partagée entre plusieurs personnes. C’est donc quelque chose de profondément affectif. Et puis évidemment c’est une lecture qui est débarrassée de la nécessité physique de lire qui, peut parfois être très compliquée pour les jeunes enfants. La lecture à voix haute procure donc une immersion, une capacité de visualisation complètement déchargée de cet impératif de lecture visuelle. C’est une forme de plaisir de lecture avec exactement les mêmes mots et les mêmes phrases, mais qui est plus accessible.
Pensez-vous que lire à voix haute peut aider à désacraliser la lecture chez les enfants qui se sentent intimidés par les livres ?
Je pense absolument que lire à voix haute peut aider à désacraliser la lecture chez les enfants qui se sentent un peu intimidés par les livres. C’est d’ailleurs déjà ce que disait Daniel Pennac il y a 30 ans. On commence enfin à s’en apercevoir. Dans les classes, la lecture à voix haute est considérée de plus en plus comme une manière acceptable d’entrer en communication avec les textes. Et notamment quand les enfants se sentent intimidés. Parce qu’il y a l’objet livre et aussi la difficulté physique et technique de rentrer dedans. Avec la lecture à voix haute, il y a également un aspect de communion, de partage et d’échanges immédiats sur des choses qu’on n’a pas forcément comprises. C’est extrêmement bénéfique.
Que pensez-vous des livres audio ?
Je trouve ça très bien. C’est le même texte qu’un livre papier. Il est juste lu de manière différente puisqu’il est écouté. Moi personnellement j’en écoute très peu voire jamais alors que j’écoute beaucoup de podcasts. C’est parce que je lis énormément, dans ma tête mais aussi à voix haute avec des personnes qui sont directement à côté de moi. Donc je n’ai pas ce besoin de livre audio. Et c’est aussi quelque chose avec lequel je n’ai pas grandi. En revanche, j’espère vraiment que mes enfants et d’autres enfants seront des grands consommateurs de livres audio. Je trouve que c’est une manière extrêmement forte d’entrer en contact avec des textes. Le problème du livre audio reste, son accessibilité, même si les bibliothèques en ont de plus en plus. Et puis tous les livres ne deviennent pas des livres audio, ce sont seulement les textes qui ont déjà pas mal de renommée. Ça limite donc pas mal le champ. Et puis l’autre problème c’est qu’avec le livre audio on fait d’autres choses en même temps, ce qui est quelque chose qu’on ne peut pas faire avec la lecture silencieuse ou la lecture à voix haute. Moi personnellement j’ai du mal à me concentrer pendant très longtemps sur un livre audio et je pense que ça demande une réelle compétence d’écoute qui est très bien d’ailleurs à développer.